Il n’est pas rare que nous ayons des retours sur le manque de présence du VAE sur notre blog. C’est vrai, il faut l’admettre, le vélo à assistance électrique a pris de l’ampleur et affirme chaque année davantage sa présence sur les véloroutes de France. Il concerne probablement un certain nombre de lecteurs et ne pas en parler est certainement une erreur. 

Pourtant, nous n’avons pas forcément envie de le mettre en avant. Tout simplement car nous restons persuadés qu’avec la technologie qui s’est développée sur les vélos traditionnels (que j’aime nommer les vélos à sandwichs à chaque fois qu’on ne demande si nos vélos sont électriques, mais personne ne comprend jamais ma blague), l’effort demandé par la pratique du voyage à vélo est largement surestimé dans l’esprit des gens. On a tendance à croire qu’il faut être entraîné pour réussir à pousser un vélo de randonnée chargé de 20kg de bagages. Pourtant, la réalité est bien plus compliquée que ça. 

Il est temps pour nous de vous donner notre position sur ce sujet et de vous expliquer pourquoi le voyage à vélo électrique n’a pas (encore) suffisamment d’avantages pour nous convaincre. Nous ne disons pas que nous avons raison, mais peut-être que notre avis vous apportera un éclairage sur ce sujet.

Le voyage à vélo électrique ouvre de nouvelles perspectives

D’autres personnes que les passionnés se mettent au voyage à vélo

Ce qui est chouette avec l’arrivée du VAE, c’est que cela rend le cyclotourisme envisageable pour des personnes qui n’y songeaient pas avant, qui ne pensaient pas cela possible. C’est une formidable opportunité par exemple pour des retraités sans entraînement de prendre la route sans trop se poser de questions. Ça l’a aussi été pour nos amis de Envie Cap’ qui grâce à l’assistance ont pu réaliser un voyage incroyable. Le vélo à assistance électrique permet de ne pas souffrir en montée et de moins sentir le poids sur son vélo, ce qui enlève des freins non négligeables.

Il n’est pas rare que nous soyons doublés en montée par des personnes plutôt âgées qui au passage ne peuvent pas s’empêcher de nous vanner. Surtout lorsque l’on galère et que vraiment, les 4km/h sont difficiles à maintenir. On comprend qu’ils soient heureux de leur choix dans ces moments précis ! Ce sont exactement les moments où l’on regrette amèrement d’être là, avant d’oublier, heureusement, nos pensées une fois arrivés en haut de la montée.

Par ailleurs, il a été prouvé que le VAE maintenait bien les gens en pleine forme et que c’était bon pour le souffle et le cœur. Voir ces personnes s’éclater sur leur vélo à assistance électrique ne peut que nous réjouir ! Et puis, c’est toujours une personne de moins dans une voiture et une personne de plus sur un vélo, c’est toujours, absolument toujours, positif.

Des perspectives d’itinéraires plus difficiles

Nos expériences dans le Mercantour et à Fécamp ont plutôt été révélatrices. Elles nous ont conduites à un véritable mal de fesses mais à certainement moins de douleurs en montée. Les montées de Fécamp ne m’auraient pas effrayées avec mon vélo, je dois admettre que les montées auxquelles nous avons été confrontés dans le Mercantour m’auraient parues insurmontables avec mon propre vélo. Avec une détermination de plomb et beaucoup de poussage, je serais probablement arrivée à bout, mais certainement pas dans le même temps. 

Jusqu’ici, je n’avais pas imaginé m’engager sur un itinéraire qui aurait à tel point dépassé mes propres limites physiques. J’ai trouvé ça génial d’accéder à des endroits que je n’aurais pas pu voir facilement, ou apprécier comme il se doit, à cause de la difficulté de l’exercice. Le VTTAE a ajouté un vrai plus au voyage et je comprends alors l’attrait qu’il y a pour ce dernier.

Le transport de charges plus lourdes

Il y a également un cas de figure qui revient souvent. Le VAE permet d’ouvrir des possibilités aux familles ou aux parents en solo avec des enfants en bas âge. Il est vrai que les carrioles pour les enfants sont souvent lourdes. Comptez au moins 15kg auxquels on ajoute le poids non négligeable de l’enfant. À cela s’ajoutent les sacoches. Si cela n’a pas effrayé la maman de Louise pour une traversée mère-fille des USA, je peux comprendre que ça en bloque plus d’un. 

Le voyage à vélo électrique permet de transporter plus facilement toute cette charge. Et les inventions ne manquent pas en la matière ces dernières années. Les vélos de trekking sont en train de se développer, de s’améliorer. Il suffit d’aller voir le prochain Pino Hase qui s’adapte à de nombreuses situations et est désormais disponible avec une assistance si on le souhaite.

Il y a des dizaines de raisons qui nous poussent à partir avec un VAE. Et nous ne sommes pas là pour les juger, bien au contraire. Toutefois, avant de foncer sur l’achat, c’est important de noter ses inconvénients car, selon nous, ils ne sont pas des moindres.

Les inconvénients d’un voyage à vélo électrique

  • La dépendance à l’électricité
  • Un voyage au rythme de l’autonomie de la batterie
  • Le manque d’énergie sur des itinéraires plats
  • L’accès limité aux transports
  • L’impact écologique du VAE

Selon moi, sauf exception, voyager à vélo à assistance électrique comporte davantage d’inconvénients par rapport au gain de confort. Mais il faut savoir que mon avis est celui de quelqu’un qui voyage généralement au long cours. Pour quelques semaines de vacances, la philosophie est certainement différente et l’on peut s’organiser autrement.

La dépendance à l’électricité

Le besoin de recharger sa batterie est pour moi le plus grand inconvénient du voyage à vélo électrique. Généralement, on apprécie le cyclotourisme parce qu’il offre une certaine liberté de mouvement, une autonomie complète et la possibilité d’aller loin sans dépendre de personne. 

Si l’autonomie des VAE augmente au fil des années, elle correspond encore à environ une bonne journée de vélo. Avec ça, le bivouac, cher à notre coeur, prend une toute autre forme et devient compliqué. Puis finis les jours en pleine nature sauvage. Il faudra chercher une prise électrique à un moment pour recharger les batteries. La dépendance à l’électricité nous accroche au monde moderne des Hommes tel un bernique sur son rocher. Nos 3 jours sans croiser âme qui vive en Norvège auraient été compliqués. À cela s’ajoute le coût qui accompagne le besoin d’électricité : logements, campings, etc.

L’autonomie de la batterie avant tout

Avec la batterie, fini les longues journées où, par plaisir ou par simple envie de se défier, on laisse notre corps continuer dans son élan. 80 km, 120 km, 150 km. Ah non, mince, la batterie n’a que 70 km d’autonomie ! Il suffit qu’il y ait un petit col dans la foulée et le tour est joué. Mon vélo dans le Mercantour a lâché avant que nous arrivions à bout d’un col. 38 km au compteur et je l’avais économisée pendant tout. Une sacrée galère si je n’avais pas été à 500m de l’arrivée avec une sacrée équipe. Une fois le vélo éteint, c’est la fin des haricots. 

Le vélo à assistance électrique, même à minima, utilise sa batterie, parce qu’il faut qu’il soit allumé pour rouler et réagir comme un vélo « traditionnel ». Quand il n’y a plus de batterie, on a (la plupart du temps, pas toujours apparemment) l’impression de pousser une vieille mobylette à pédales sur laquelle on a ajouté 40kg de bagages. En plein milieu d’un col, l’ascension devient compliquée. Mais au milieu d’une piste cyclable aussi, le vélo se transforme en veau à l’instant même où il s’éteint. Et là, c’est la galère qui commence. C’est arrivé à Denni lors de l’Échappée Belge, il s’en souvient encore.

Le manque d’énergie sur des itinéraires plats

Vous vous souvenez de notre anecdote rigolote sur le Canal de Nantes à Brest ? Nous, chargés comme des mules, impliqués dans une course à laquelle nous ne participions pas avec un VAE. Lors de notre épopée en Wallonie à l’occasion de l’Échappée Belge, nous avions eu la curiosité de tester des vélos électriques pour des journées qui tournaient autour de 90 km/jour. Heureusement, nos vélos étaient rechargés le midi car ils ne tenaient pas la journée. Mais ce qui nous a posé le plus problème dans notre groupement, c’est de suivre tout le monde car c’était plat et que nos vélos avaient l’énergie d’un paresseux en train de descendre de son arbre. 

Malgré notre assistance, on a eu beaucoup de courbatures car nous avons dû forcer pour tenter de suivre la cordée. Le fait d’être bridés nous a aussi posé problème. Avec le recul,  nous aurions été bien plus à l’aise et moins courbaturés sur des vélos traditionnels. L’assistance électrique se révèle vraiment sur des parcours vallonnés. Sur du plat, on trouve nos vélos bien plus efficaces ! 

Les transports

Le vélo électrique est souvent interdit dans les avions et dans les bus. Ça va sans doute bouger dans les prochaines années, mais pour le moment, c’est la règle. Déjà que c’est compliqué avec un vélo normal, là… ça devient très compliqué. Parce que le bus est une bonne (voire quasi la seule) alternative au train. Parce que l’avion est parfois nécessaire pour aller là où on le souhaite ou pour rentrer en urgence.

Aussi, le poids du vélo est tellement élevé que prendre le train, avec toutes les problématiques que l’on a relevées dans notre dossier train + vélo, doit être une mission encore plus désagréable. Déjà que suspendre mon Riverside Touring 520 de 16kg me paraît compliqué, je n’imagine pas ce que ça donne avec un VAE de 26 kg.

L’impact écologique du VAE

Évidemment, il y a aussi une question sous-jacente à cette présence de plus en plus massive du vélo à assistance électrique sur nos voies vertes et véloroutes. L’écologie. Parce que si les procédés de fabrication des vélos de voyage traditionnels ne sont pas parfaits, ils ont l’avantage de permettre de partir pour toute une vie, ou presque. Et surtout, d’avoir un impact limité sur l’environnement une fois la bicyclette acquise. 

Il y a quelque temps, je n’ai pas réussi à vendre mon propre VAE de la marque Arcade (une bonne marque donc) que ma mère avait gagné et m’avait donné en 2011. Franchement, c’était une belle bête, mais déjà considérée comme obsolète. La batterie avait un souci, elle ne tenait plus et le vélo s’éteignait toutes les 5 minutes. Ça coûtait trop cher de changer de batterie et les technologies avaient tellement évoluées que mon vélo est parti dans une association. Un gâchis vu le prix d’origine du vélo. C’est aussi ça le VAE : nous faire payer un vélo bien plus cher qui dans 10 ans n’aura plus de valeur sur le marché. Le vélo de mon enfance est pourtant toujours en état de fonctionner quant à lui… 

Et ça, c’est sans compter les problèmes d’extractions liés aux matériaux rares utilisés dans la batterie, les problèmes de recyclage de ces batteries, le besoin d’énergie électrique pas toujours propre. En bref, c’est pas joli joli tout ça. Mais ça reste mieux que d’autres moyens de transport, c’est certain.

Le voyage à vélo électrique oui, mais…

On pourrait encore ajouter quelques petits défauts à l’utilisation d’un VAE pour voyager, mais nous aurions l’impression de faire un article à charge. Honnêtement, on comprend son utilisation dans certains cas de figure mais ne comptons pas le mettre spécifiquement en avant sur ce blog. Il ne faut pas nous en vouloir, ça ne correspond pas à notre manière d’aborder le voyage à vélo !

Le vélo traditionnel est souvent surestimé. Il nous suffit de noter le nombre de « bon courage » que nous recevons chaque jour de la part de passants ou abonnés lorsque nous sommes sur les routes. L’admiration que l’on suscite est injustifiée, mais elle est nourrie par un discours ambiant du « mental », du « dépassement de soi et de ses limites ». Je comprends dans ces conditions que l’on ait des difficultés à se projeter et à se dire que le vélo, c’est accessible à presque tout le monde.

Avec Denni, nous ne nous retrouvons pas dans ce discours parce que justement, nous avons rarement eu besoin de mental. Et quand on en a eu « besoin » pour ne pas faire demi-tour, c’est parce que l’on a cherché à se mettre au défi, que l’on a pris le col alors que l’on pouvait le contourner ou faire autrement. Si le voyage à vélo était une souffrance pour nous, on ne serait pas là. S’il nous fallait du courage pour affronter chaque journée, croyez-nous, on aurait lâché prise depuis longtemps.

La vérité, c’est que le vélo souffre d’une image erronée, synonyme de sport, de sueur et d’endorphines. Certes, certains moments sont difficiles, il faut que le corps s’habitue au mouvement, à la position, à l’activité physique. Certaines montées piquent. Mais si l’on suit une véloroute comme l’EuroVelo 6, avec une bonne transmission sur son vélo de voyage, il n’y a pas de raison que ça soit difficile.

Alors voyage à vélo traditionnel ou voyage à vélo électrique ? La question se pose sincèrement et mérite une vraie réflexion car pour sûr, votre manière d’aborder le voyage ne sera vraiment pas la même ! C’est à vous de choisir !

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