Voyager à vélo avec un chiot : mission impossible ?

par | Mis à jour le 29/11/2021 | Publié le 24/10/2021 | Préparer son voyage | 2 commentaires

Il y a quelques mois, nous n’avons pas résisté à la petite bouille de Ringo. Ce petit chiot de 5,3 kg et d’environ 3 mois nous a fait littéralement craquer. Perdu sur le bord de la route, nous ne pouvions pas le laisser là. Nous ne sommes pas les premiers cyclovoyageurs à avoir adopté un compagnon à quatre pattes en cours de route. Mais voyager à vélo au long cours avec un chiot s’avère être bien plus difficile que nous l’imaginions.

Nous aimons notre loulou plus que tout et sommes heureux qu’il fasse partie de nos vies. Nous avons la chance d’avoir un chiot qui est quand même très cool et plutôt facile. Mais si nous revenions aujourd’hui au moment de notre rencontre, nous trouverions probablement une autre solution que celle de l’embarquer avec nous.

Évidemment, ça ne veut pas dire que l’on n’est pas gagas ou ultra attachés à lui et que l’on ne ferait pas tout pour lui aujourd’hui ! Simplement que nous n’avions pas la mesure des contraintes qui allaient s’imposer à nous par la suite. J’avais simplement envie de partager notre expérience avec vous pour qu’elle puisse servir peut-être si un jour, vous viviez la même situation que nous.

Pourquoi voyager à vélo avec un chiot ?

Avant toute chose, il faut replacer les éléments dans son contexte, pour comprendre notre situation vis-à-vis de notre voyage à vélo et de notre chiot. Nous l’avons trouvé (un article explique notre rencontre avec Ringo si cela vous intéresse) au bord de la route et il n’était pas prévu dans notre projet de voyage vers l’Asie. À vrai dire, c’est même lui qui s’est embarqué dans l’aventure. On dit que c’est le chien qui choisit ses maîtres ! Nous avons fait le choix de l’adopter. Mais nous n’avions que quelques bases, parfois erronées, sur ce que cela signifie d’embarquer un chiot de quelques mois à bord.

Avec le recul nous dirions que voyager à vélo avec un chiot est une excellente idée, si cela ne dure pas longtemps. Quelques semaines, 1 mois tout au plus. Le voyage lui apporte son lot d’apprentissage aussi !

Le voyage à vélo apporte tout de même beaucoup pour :

  1. La sociabilisation du chiot et ses expériences
  2. Créer un lien fort avec ses maîtres

La sociabilisation du chiot et expériences

Voyager à vélo avec son chiot, c’est efficace pour qu’il découvre un maximum de choses, voient un maximum de personnes et soit adaptable à toutes les situations. Quand nous échangeons avec d’autres propriétaires de chiens, nous réalisons à quel point Ringo a facilement adopté sa remorque, accepté les changements, fait face à ses peurs. Puis, il accepte aussi bien de voyager en soute dans un bus que de prendre le ferry pendant 3 jours. Ça a quasi toujours été son quotidien après tout !

Si au début il craignait les vaches, les moutons, les chevaux, les autres chiens, il est aujourd’hui presque facile face à tous les animaux, sauf les chats. Nous sommes certains que presque toutes les expériences qu’il a pu vivre ont été enrichissantes dans son apprentissage !

Créer un lien fort avec ses maîtres

Je pense que la disponibilité fait beaucoup pour créer un lien fort. Du fait du voyage, nous sommes très présents pour notre toutou puisque nous sommes H24 avec lui. Notre crainte, à notre retour, sera l’éloignement. À un moment, il faudra bien que l’on vive, que l’on quitte notre maison quelques heures, qu’on le laisse seul. Mais en attendant, ça nous a permis de créer une relation assez unique avec lui. Nous avons pu l’observer, le comprendre un peu, le connaître et connaître son rythme. Découvrir ses petits vices aussi 😉

De notre côté, du fait que l’on soit toujours avec lui, on trouve qu’il a appris très vite. La propreté, le « stop » avant de traverser une route, la marche à droite quand on roule, le panier, le repos, le calme, la patience avant de se jeter sur sa gamelle. Il ne nous reste qu’à gérer ses mauvais réflexes.

Les limites du voyage à vélo avec un chiot

Si on nous avait prévenu que le trop plein d’expériences risquait d’être contre-productif, nous aurions réfléchi différemment à son adoption. Mais nous n’avons lu cette information que récemment. Nous avons donc décidé, au bout de 3 mois de route avec notre pépère, de rentrer. Certes, en rentrant, nous faisons une croix sur l’un de nos rêves pour un moment car ce n’est pas tous les ans que l’on arrive à se dégager 12 mois libres pour voyager, tant financièrement que professionnellement. Mais lorsque nous avons décidé de garder Ringo avec nous, nous avons fait un choix et nous devons nous y tenir !

Si le voyage à vélo peut être bénéfique à court terme, nous trouvons qu’au long cours, les effets positifs des débuts deviennent négatifs du fait :

  • du manque de structure
  • des mauvaises expériences
  • du mouvement constant
  • de la pollution
  • du sur-contrôle
  • du poids et de la fatigue

Le manque de structure

C’est le principal problème du voyage car il est important – à mon sens et avec le recul – d’avoir une structure les premiers mois pour éduquer son chiot. On croyait naïvement que sa structure serait notre routine de voyageurs. Son repère : nous, les vélos, la carriole, la tente. On pensait, parce qu’il avait l’air d’apprécier ce rythme tout petit, que ça allait le faire sur du plus long terme !

La réalité est bien différente. Il nous arrive de nous établir une semaine, puis de rouler 5 jours d’affilée, de rencontrer d’autres chiens, d’évoluer dans un désert, de braver le froid, la pluie, le soleil. L’environnement change et la structure aussi. Parfois Ringo dort dans un hangar, parfois au coin de la chambre, parfois dans le salon, parfois dans l’entrée de la tente. C’est à s’y perdre ! On a du mal à savoir si ça le trouble réellement ou non. Il ne s’est jamais plaint d’aller dans sa carriole, il y va même avec entrain. On sent toutefois depuis un petit mois qu’il aimerait bien que ça s’arrête, les hormones ont changé la donne.

Les mauvaises expériences

On dit que, pour qu’un chiot soit bien socialisé, il faut qu’il soit présenté à des chiens adultes sains et patients. Sauf que lorsque l’on se retrouve entourés de dizaines de chiens des rues, on ne peut pas vraiment contrôler tout ça. Et dès que l’on sort de l’Europe de l’Ouest, les chiens errants sont présents quasi au quotidien. Ringo s’est fait mordre, une petite dizaine de fois peut-être. À chaque fois, c’est parce qu’il n’a pas compris les codes, qu’il a sauté pour jouer sur son congénère sans que nous ayons le temps de réagir.

Notre crainte aujourd’hui, c’est que ces expériences ultra négatives se répercutent au long-terme. Désormais à chaque chien qu’il croise, Ringo aboie et se met en position de « force » pour cacher sa peur (mais on voit bien ses poils hérissés sur le dos). La plupart des rencontres se passent bien ensuite, mais son approche est devenue agressive. Espérons que ça se tasse avec le temps et la stabilité !

Le mouvement constant

Un chiot a besoin de dormir de 15 à 20h par jour. Et on doit le dire, la carriole n’est pas top pour qu’il se repose. Ça dépend des routes, mais ça saute, ça vibre, ça le réveille constamment. On voit bien qu’après quelques jours à vélo, Ringo est fatigué, amorphe. Pourtant, nous limitons nos déplacements : pas plus de 4h de vélo par jour. Mais ça ne suffit pas.

La découverte d’un nouveau lieu, le bivouac, les chiens errants, les mouvements autour de la tente, le froid, la pluie, tous ces éléments viennent perturber régulièrement son sommeil. Probablement moins que s’il était resté à la rue au bord de l’autoroute, mais il n’empêche que si on souhaite voyager à vélo avec un chiot, c’est une donnée importante à prendre en compte. De fait, ses heures de sommeil ne sont pas toujours respectées.

Si la remorque de Ringo ainsi que son équipement vous intéresse, retrouvez toutes les références dans notre liste de matériel pour voyager au long cours.

La pollution

Ça vaut surtout pour les voyages au long cours, une fois que l’on quitte l’Europe de l’Ouest. Les chiots goûtent à tout. Le nôtre a, de plus, des troubles de chien qui a été affamé. C’est un trouble puissance 10 même s’il peut exister chez tous les chiots. Il mange tout, tout ce qui a été en contact avec de la nourriture. Que ce soit de l’aluminium, des emballages plastiques, des sacs, des chewing-gums, du papier, des mouchoirs.

Il s’est empoisonné plus d’une fois. En Europe de l’ouest, les déchets qui traînent sont limités, on peut davantage les anticiper. Une fois que l’on arrive en Grèce et plus à l’est de manière globale, les campagnes sont des déchetteries à ciel ouvert. De nombreux coins de nature sont gâchés par ceux qui ne respectent rien. Difficile alors de lui apprendre le fameux « tu laisses » quand on fait face à des masses de détritus parfois plus attrayants que les friandises que l’on peut lui proposer en échange.

Voyager à vélo avec chiot - Ringo
Ringo a la tête mouillée – il vient de manger des déchets !

Le sur-contrôle

Un chiot, ça fait des bêtises et c’est normal ! Nous avons récupéré un bébé de 2 à 3 mois qui, quant à lui, n’a eu le droit de n’en faire aucune. C’est, selon moi, ce que le voyage à vélo lui offre de pire : nous sommes constamment obligés de le contrôler. Nous n’avons qu’une tente, deux matelas et deux sacs de couchage pour bivouaquer. Il n’a pas le droit à l’erreur (même s’il a déchiré un de nos matelas un soir, seule bêtise « notable » jusqu’à présent).

C’en est de même pour les hôtels ou les logements où nous dormons sur la route. Mordiller quoi que ce soit, s’énerver, aboyer, s’exprimer, faire ses besoins : il a dû apprendre à tout contrôler très vite ! Après trois mois de voyage, on rêve de pouvoir lui lâcher la grappe. Qu’il puisse faire des bêtises sans que l’on en craigne les conséquences car il sera chez nous. Qu’il ait son espace où s’exprimer.

Le poids et la fatigue

Voyager à vélo avec un chiot signifie le transporter tout le temps. On peut rarement le laisser marcher ou courir longtemps tout simplement car ce n’est pas bon pour lui. Il faut que ses articulations se développent et il doit, pour cela, attendre d’avoir au minimum un an.

Certains nous disent qu’à l’âge adulte ça ne changera pas et qu’il ne faudra pas s’attendre à ce qu’il marche à plus de 8km/h. Je pense que c’est faux car le rythme du nôtre au trot est déjà plus élevé ! Mais s’il ne pouvait que marcher les 10km de la montée qui casse les jambes à une moyenne de 8km/h, ce serait pas mal. Car notre chiot est un beau bébé de 20kg désormais. L’amener à 2600 m d’altitude jusqu’au col de Zapari (Géorgie) a été un véritable défi physique. Il nous a fallu une semaine de pause pour nous en remettre !

Zapari Pass – 2600 m d’altitude

Voyager à vélo avec un chiot, oui, mais à condition

Je pense que si vous avez envie de tenter l’expérience ou de sortir un chien de la rue, c’est tout à votre honneur. Mais il vous faudra faire de grosses concessions avec un chiot. Je pense même plus qu’avec un bébé (les bébés ne sont jamais ou très rarement interdits dans les transports ou dans les hôtels). Finies les gravels roads que l’on aime tant car ça secoue trop. Finies les longues journées de vélo à plus de 100km, le nombre moyen de km par jour baisse drastiquement. Tout comme on chercherait un parc de jeux pour bivouaquer avec un enfant, on cherche désormais les lieux où le chiot sera en sécurité.

Puis ça veut également dire se retrouver régulièrement à négocier à l’accueil d’un hôtel parce qu’il est trop jeune. Être fatigué par l’énergie que ça demande de l’éduquer, le balader, l’occuper, après une journée de vélo. On ne s’en rend pas bien compte avant de le vivre. Cette adoption s’est révélée être un véritable défi, tant sur le point moral que physique.

Malgré tout, je crois que l’on fait du bon travail avec notre loulou et que l’on n’aurait jamais eu cette relation si spéciale avec lui sans ce voyage. Il est plus que temps de rentrer, de lui lâcher du lest et de pouvoir l’éduquer dans de meilleures conditions. Mais l’expérience valait le coup. C’est certain que l’on repartira ensemble, quand il sera plus grand 😉 .

2 Commentaires

  1. gobois64

    Bonjour Mila et Denni, sans oublier Ringo !
    superbe article, plein de sensibilité pour ce chien qui a eu le bonheur de vous rencontrer. En effet avoir un animal de compagnie, peu importe que cela soit un chien, un chat cela impose des contraintes et nous permet aussi de faire des découvertes. Connaître leurs comportements, leurs caractères et comme tu le dis Mila leurs petites manies (bonnes ou mauvaises). Ton article est plein de conseils pour ceux qui un jour ou l’autre sont amenés à cette adoption soudaine d’un animal. Je te souhaite un bon retour donc, peut-être finiras-tu ce voyage tant préparé jusqu’en Asie une autre fois. Moi j’ai des chats (3 entre 11 et 12 ans) et ils ont toujours vécu à la campagne où ils connaissent tous les champs et granges alentours et je vais devoir bientôt envisager de les déménager en Espagne dans une petite maison sans jardin. Je ne sais pas s’ils vont s’y habituer.
    Bravo encore pour tes superbes articles joliment écrits et illustrés ! Bisous à vous trois !
    Gérard

    Réponse
    • Mila

      Bonjour Gérard,

      Merci beaucoup pour ton retour ! En effet, c’est toute une aventure que d’adopter un compagnon. La fin du voyage a été compliquée et nous sommes ravis d’être désormais à la maison, au calme. Nous n’allons pas arrêter de rouler pour autant, qu’il reste habitué à sa remorque, mais le fait d’avoir un lieu stable dans un environnement propice sans chiens errants ni déchets de partout est un réel soulagement.
      J’espère sincèrement que les chats s’habitueront bien en Espagne 🙂

      Bisous à toi de nous 3,

      Mila

      Réponse

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