Cet été, Hugo et la troupe du collectif Jazz Voyageur sont partis pour une aventure extraordinaire. Un voyage à vélo avec leurs instruments de musique pour réaliser des concerts en journée et le soir dans les campings. Une belle épopée riche en rencontres et en anecdotes que nous raconte aujourd’hui Hugo dans cette interview !

Infos pratiques

10500~|vc_material~|vc-material-watch_later~|

Durée du voyage : 

12 jours

10496~|fontawesome~|fa-road~|

Km parcourus: 

380 km

~|elegant-themes~|elegant-themes-icon~|

Nombre de pays traversés : 

juste la France

10496~|fontawesome~|fa-bicycle~|

Vélos utilisés :

Moi j’ai un Sirrus de Specialized. Les autres plutôt des vieux vélos d’occaz’ 

10496~|fontawesome~|fa-shopping-bag~|

Poids à pousser

Beaucoup !


L’interview


Salut Hugo, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Hugo Jarry, 31 ans, j’habite à Paris. Je ne sais pas si ça existe comme passion mais j’adore voyager au grand air, bivouaquer etc. Je suis guitariste de jazz, très impliqué dans le collectif Jazz Voyageur. Je fais également chanter les gen.te.s tous les vendredis (hors COVID) à Belleville avec mon autre projet phare, la Jam à Chansons.

Cet été, tu as voyagé à vélo avec le collectif Jazz Voyageur. Tu nous en dis plus ?

C’est un collectif de jazz itinérant. À l’été 2019 on avait fait 10 jours de marche dans les Pyrénées à jouer dans les refuges de haute montagne, en trio.

En 2020, on est parti.e.s à 5, 4 musicien.ne.s + une copine accompagnatrice 12 jours en vélo. On était hébergé le soir par des campings dans lesquels on jouait. La journée, vélo, baignade et musique dans la rue.

Quel a été votre itinéraire ?

Nous avons emprunté la Vélodyssée de Moutiers en Retz (au sud ouest de Nantes) à Royan (estuaire de la Gironde).

Comment vous est venue l’idée de ce voyage à vélo avec des instruments de musique?

L’an dernier on avait joué en montagne, et depuis je réfléchis à des tournées musicales “alternatives”, qui mêlent voyage et musique. En plus de la marche à pied, j’avais aussi pensé au vélo et au voilier. Comme personne dans notre équipe ne sait pour l’instant naviguer, on est parti.e.s à vélo. 

Comme mes grands parents sont vendéens, je connais bien le coin vers les Sables d’Olonne et souhaitais le faire découvrir au reste de l’équipe.

Avec vos instruments, comment ça se passait au niveau du poids ?

Je suis nul en évaluation de poids… C’est sur que certains chargements étaient lourds, mais en vélo c’est possible de tracter des charges considérables, si on est pas trop pressé.e.s… 

Je pense que les deux chargements les plus lourds étaient une remorque chargée d’un ampli et d’une batterie pour brancher les amplis (les batteries c’est toujours très lourd…) et bien sûr la remorque avec la contrebasse et un ampli. La contrebasse n’est pas excessivement lourde en elle-même mais il fallait une remorque massive pour la trimballer qui elle pesait bien lourd. Le moindre faux plat nécessitait un peu d’efforts.

En plus des instruments ampli et batterie, on avait bien sûr les 3 tentes, nos duvets, les popotes et réchauds, le matos de réparation de vélo, la cafetière italienne, etc…

Bref c’était pas léger !

© Hugo Jarry

Concrètement, comment vous vous étiez organisés ?

Toutes les dates du soir étaient calées, on avait négocié un emplacement de camping en échange de la musique. La journée, parfois on se faisait des petits concerts dans la rue quand des endroits nous attiraient particulièrement (marché, etc…), si l’étape du jour n’était pas trop longue…

Nos étapes étaient souvent assez réalistes donc on était pas trop trop stressé.e.s d’arriver pour pouvoir jouer le soir. Il y a eu juste une journée particulièrement longue où on a dû forcer un peu, sur des pistes cyclables bien chaotiques, avec le vent de face…

L’accueil des campings était variable. J’avais plutôt préféré les petits campings, pas trop étoilés, plutôt familiaux aux usines à touristes avec centre aquatique etc. Et là, l’accueil était chouette, les patron.ne.s plutôt dispo pour nous souhaiter la bienvenue, enthousiastes et chaleureux.ses. Plusieurs campings trop chouettes nous ont accueilli avec des bières, des bonnes bouffes, du temps pour papoter…

Mais on a quand même dû faire 2 “gros” campings où l’accueil a été plutôt désagréable, des patrons pas dispo, on sentait que ça leur faisait juste une animation musicale gratos, c’était assez mesquin ! 

Du côté du public, dans l’ensemble j’ai été très agréablement surpris ! Avec encore une grosse différence entre les gros camping, où la taille rend l’événement plus impersonnel. Dans les petits campings, souvent tout le monde était là, le/la patron.ne.s avait fait le tour du camping pour rameuter tout le monde, et c’était la fête ! Comme on joue du jazz, qui est une musique parfois un peu élitiste, j’avais peur de la réception par le public. Et en fait c’était trop cool ! Les gen.te.s étaient super enthousiastes ! 

Je me rappelle notamment d’un petit camping du marais poitevin, où tou.te.s les résident.e.s étaient des pêcheurs chevronné.e.s, avec des barnums couverts de marques de motos : pas forcément l’endroit où je m’attendais à avoir un public réceptif. Eh bien les gen.te.s ont dansés, le courant est bien passé, trop bonne ambiance !

Quand on jouait dans la rue, j’ai l’impression qu’on a profité de l’effet COVID : les gen.te.s étaient en manque de musique, et du coup particulièrement réceptif.ve.s. Il n’y avait pas beaucoup de musicien.ne.s de rue, je crois que dans beaucoup d’endroits ce n’était pas autorisé (par exemple les remblais des Sables, où d’habitude il y a tout le temps des musicien.ne.s ) mais nous on jouait quand même et les gen.te.s était trop content.e.s !

Tu me disais que vous aviez construit une remorque maison pour transporter la contrebasse ! Comment vous y êtes vous pris ? 

J’ai un peu bricolé. J’avais regardé des tutos mais qui demandaient un matos et un investissement financier que je n’avais pas. Mais au moins voir les tutos m’a montré qu’il était possible de faire des remorques incroyables qui transportent des charges impressionnantes, ça m’a rassuré ! Je m’en suis inspiré pour improviser. 

On a récupéré les roues et les fixations sur une remorque pour enfant qu’un pote nous a donnée. On a construit une structure en bois, mis un plateau assez fin dessus, une planche de polystyrène et de la mousse pour que la contrebasse ne s’abîme pas, des petits drapeaux avec des fanions pour être visibles, des crochets un peu partout pour accrocher des tendeurs…

La première journée, on a fait 20km. J’étais en panique, je n’imaginais vraiment pas du tout que la remorque tienne 400 km ! Elle tremblait de partout, je ralentissais à chaque cahot pour éviter de l’abîmer, elle grinçait… Finalement elle s’est un peu déformée (le plateau est un peu vrillé) mais elle a tenu le coup. À la fin, j’avais bien pris la conf’, je roulais à tout berzingue quelque soit le terrain ! 

Mais bon, j’aurais à construire une autre remorque, je ferais pas mal de modifications, des trucs dont je me suis aperçu à l’utilisation ! Si des gen.te.s veulent des tips, je peux en donner !

© Hugo Jarry

C’était ton premier voyage à vélo ?

Non, pour aucun.e d’entre nous d’ailleurs. Je fais du vélo quotidiennement pour mes déplacements, et souvent des voyages pendant les vacances : Danube jusqu’à Budapest, canal du Midi, Vélodyssée de Bordeaux au Pays Basque, côte bretonne des Sables D’Olonne à Camaret…

Quels ont été tes coups de cœur pendant ce voyage ?

Les paysages trop beaux, variés : marais salants, belles plages, pinèdes, côtes rocheuses…

Les belles rencontres avec certain.e.s gérant.e.s de campings, qui ont pris le temps de bien papoter avec nous, qui sont dans de chouettes démarches, face à une industrialisation du tourisme.

Les belles rencontres avec un public que je n’imaginais pas forcément sensible au jazz !

Comment était le terrain pendant ton aventure ?

On était sur la Vélodyssée, ça a été un critère pour choisir cet itinéraire : à cause de la remorque de contrebasse, je voulais qu’on roule le moins possible sur des routes partagées avec les voitures et éviter les dénivelés. Je savais que cette portion de la Vélodyssée était plutôt bien aménagée et plutôt plate, en plus d’être très jolie.

Il y avait quand même des tronçons, notamment dans les marais salants, où c’était plus galère avec la remorque car le chemin fait la largeur d’une roue de vélo

L’avantage de cette massive remorque, c’était que quand on se mettait à la file indienne, celleux de derrière étaient bien protégé.e.s du vent !

Concrètement, comment ça se passait au quotidien pour toi ?

Alors je crois que j’ai déjà pas mal répondu à ces questions… Sauf pour les ravitaillements : on faisait des courses au jour le jour, on était rarement dans des endroits trop sauvages pour qu’il n’y ait pas un seul commerce dans le coin. On faisait des piques-niques le midi et le soir on cuisinait sur notre popote, quand on ne se faisait pas inviter à manger par les campings. Par rapport à la tournée précédente, à pied en haute montagne, c’est vrai que c’était une tâche en plus à faire, potentiellement fatigante : alors qu’en montagne, on était nourri.e.s et logé.e.s, on avait rien d’autre à penser qu’à marcher et à jouer, là, il fallait penser à faire des courses, faire la bouffe, faire la vaisselle, le tout dans les temps pour être prêt.e.s pour le concert du soir…

Et niveau budget ?

Nous, notre idée avec ce collectif, c’est plutôt de faire notre travail de musicien.ne.s dans des conditions chouettes. Du coup l’idée est plutôt de réussir à gagner un peu d’argent plutôt que d’en dépenser ! On était payé au chapeau, que ce soit le soir ou pendant les concerts de rue. Je ne me rappelle plus exactement des chiffres mais je crois qu’une fois déduit toute la nourriture, les frais divers et variés, la construction de la remorque etc. on a dû gagner chacun.e une centaine d’euros… On est loin d’un salaire mirobolant mais l’aventure en vaut la chandelle !

As-tu des conseils à donner pour celleux qui voudraient suivre tes traces et transporter des instruments de musique ?

Des difficultés à connaître ?

Franchement pas plus que pour une rando vélo, particulièrement chargée, mais rien d’insurmontable !

Des équipements que tu recommanderais ?

Pensez à avoir des bâches bien imperméables pour bien protéger les instruments de la pluie, de l’air salé etc. !

N’hésitez pas à m’écrire pour avoir plus de conseils.

Tu avais quel vélo pour ce voyage ?

Je m’étais acheté pour l’occasion un sirrus de specialized. C’est mon premier “vrai” vélo, jusqu’à maintenant j’avais plutôt des vieilles occasions, que j’adorais par ailleurs. Mais pour trimballer une remorque avec une contrebasse, un ampli, mon matos de bivouac, je ne me sentais pas en confiance avec des vieux coucous qui grincent et qui n’ont pas de vitesses ! 

Comme c’est mon premier “vrai” vélo, je n’ai pas trop de points de comparaison, mais en tout cas j’en suis trooop content. Quel kiff d’avoir une bécane qui roule sans bruit, sans effort, avec des bons freins… Du coup je l’utilise aussi au quotidien et c’est un plaisir !

J’ai lu sur Internet que des connaisseurs le trouvent un peu lourd. Moi il me va parfaitement ! 

Pour terminer, aurais-tu une anecdote à nous partager sur ce voyage ?

Une soirée improbable dans un tout petit camping où un résident passablement ivre voulait absolument qu’on joue “Joe Le Taxi”. L’autre guitariste du collectif a passé la soirée, après le concert, à se la remémorer pour lui jouer devant sa tente le lendemain matin.

Est-ce-que l’on peut suivre vos aventures quelque part ?

Oui, bien sûr, les réseaux sociaux et notre site internet (qu’il faut que je remette à jour d’ailleurs).

C’était notre deuxième aventure et on ne compte pas s’arrêter là. Je suis en train de préparer la traversée des Pyrénées en musique pour l’été 2021. En espérant que le Covid nous laisse tranquille…

Site internet

Facebook

Instagram

 Youtube (pas trop mis à jour….)

ENCORE UN GRAND MERCI pour ta participation 🙂 !

Si vous voulez intervenir sur notre blog, parler d’un produit ou d’un voyage que vous avez fait,  n’hésitez pas à nous contacter via le formulaire de contact !

Aller plus loin