Les catacombes de Paris ne se limitent pas aux ossuaires que l’on trouve à Denfert ! En effet, les catacombes de Paris, c’est plus de 125 km de tunnels. D’ailleurs, pour information, elles sont appelées « catacombes » à tort. À l’origine, les catacombes étaient des sépultures souterraines que l’on utilisait dans l’antiquité. On en trouve notamment à Rome ou à Naples. C’est le déménagement des ossements des cimetières parisiens dans ces souterrains qui fait qu’on les appelle désormais « catacombes ». Creusées pour construire Paris, ces anciennes carrières représentent un témoignage historique incroyable et passionnant.

Alors, prêt.e à descendre dans un monde parallèle ?

Puit Catacombes de Paris
Un puit immense dans les catacombes de Paris. Le point de lumière donne un indice sur la profondeur…

Je ne sais pas si vous avez vu le film Catacombes, ce gros délire sur les catacombes de Paris. Eh bien, au tout début du film, on ressent bien l’univers de ce monde, et ça m’a beaucoup surprise. Dommage que le reste du film part très vite dans tous les sens et n’a plus rien de représentatif. D’ailleurs, aussi médiocre soit-il, j’ai été surprise qu’ils aient montré, au tout début du film, un véritable accès aux catacombes. Ce dernier se trouve sur la Petite Ceinture. Ce n’est pas l’entrée que j’ai prise à chaque fois, mais je l’ai déjà empruntée !

Aussi, sachez que les ossuaires (comme celles que l’on trouve dans les catacombes officielles de Paris et visitables à Denfert), ne se trouvent que dans une petite partie des souterrains. En fait, les os qui se trouvent ici sont ceux des cimetières parisiens qui débordaient au XVIIIème siècle. On eut alors l’idée de déplacer les ossements dans les galeries souterraines afin de libérer de l’espace.

Donc, en gros, les catacombes, ce sont d’anciennes carrières souterraines.

Elles ont été creusées pour extraire les pierres ayant servi à construire Paris, entre autres. Elles datent d’on ne sait trop quand, mais il y a déjà des traces de l’époque romaine dans certaines galeries. Selon les périodes, il y a eu des extractions sauvages et non contrôlées. Certaines parties ont été oubliées puis redécouvertes. La conséquence, c’est que, sous Louis XIV, de nombreux immeubles s’écroulaient. Depuis, une brigade a été créée, chargée de les arpenter pour vérifier leur état et les renforcer si besoin.

À ce propos, c’est illégal de se rendre dans les catacombes (vous vous en doutez). Mais, les cataphiles (les habitués des catacombes) sont aussi de véritables sonneurs d’alarme lorsqu’il y a besoin. En tant qu’explorateurs, il leur arrive aussi de remonter des informations. Une vraie petite organisation underground et unique.

Et alors, descendre dans les catacombes de Paris, c’est comment ?

La plupart des entrées sont difficiles à trouver. Il y a des plaques au sol dans Paris que l’on prendrait pour de simples plaques d’égouts, mais qui permettent d’accéder à des tunnels de service. Puis, plus profondément, aux catacombes. En juillet 2015, c’est ma première descente. Mes amis testent les plaques dans la rue, pour vérifier si elles sont ouvertes. Parfois, la brigade les scelle, puis les passionnés les rouvrent. Il faut alors partir à la recherche des nouveaux accès.

En tenue dégueulasse et bien couverts, les passants du VIème arrondissement nous regardent faire, éberlués. Il faut dire qu’il ne faut déjà pas être peureux à l’idée de s’enfoncer dans le sol. Cette fois-ci, il faudra descendre au-dessus d’un puits qui a l’air très profond. Puis, passer sur une autre échelle, un peu plus à gauche, sans tomber, toujours au-dessus du puits. Il arrive même qu’il manque des barreaux (maman, si tu me lis, je suis désolée…). Je suis déjà assez inquiète, même si je ne dis pas grand chose.

On s’enfonce alors peu à peu dans les catacombes de Paris. En bas, il fait toujours 13-14°C. Été comme hiver. Il y a parfois un peu d’eau, parfois moins, parfois on en a jusqu’aux hanches. On marche alors dans les couloirs, plus ou moins étroits, plus ou moins hauts. Le guide (entendez par là, celui qui connaît les souterrains, ou tout simplement, celui qui est devant), crie parfois « tête ». Ça signifie qu’il faut se baisser car le plafond se rapproche. Je l’oublie quelquefois, distraite par la découverte de ce monde. Aïe la tête !

Les petits passages : ces moments ultra angoissants

catacombes de Paris

Il arrive que le tunnel se bouche peu à peu. Il faut alors prendre les « chatières », des petits trous qui connectent la galerie avec d’autres. On se retrouve alors à ramper, sous la terre qui semble encore plus oppressante. Si la plupart des passages sont rapides, l’un d’entre eux me pose un peu problème. Il faut ramper quelques minutes. Je sens alors l’angoisse monter. C’est vraiment anxiogène de sentir les parois si proches, à de telles profondeurs.

On arrive dans une première salle où l’on allume des bougies, la salle Z je crois. Je suis surprise par le bruit des souterrains. Le bruit de nos pas est sourd, rapide. Le silence est si complet que l’on se croirait loin de Paris, hors du temps, hors de la vie. Lors de notre premier arrêt, on décrète une minute de silence. Plus un pas, plus une parole. Je ferme les yeux et je me sens soudain hyper relaxée. Quel calme. Un calme que l’on ne trouve jamais à Paris.

Un autre élément m’étonne. Mon pantalon, trempé par nos passages dans l’eau, fume. Mais ce dernier ne sèche pas. Les catas sont si humides que l’on distingue un voile sur plusieurs de mes photos. Il faut dire que je n’avais pas le matériel adéquat.

tableau by Misti

Il y a des salles un peu partout, parfois aménagées par les cataphiles eux-mêmes

L’artiste Misti me racontait qu’il y a quelques années, les gens laissaient des flyers un peu partout dans les couloirs. Ils y inscrivaient des petits mots pour faire la révolution ou encore les artistes tentaient de se faire connaître par ce biais. Ils avaient même créé un cinéma et de nombreuses soirées avaient alors lieu dans les catacombes. Mais, avec le durcissement des contrôles, les choses se sont un peu perdues.

Néanmoins, dans les catacombes, il y a pas mal de lieux différents. Notamment, la Plage, où l’on peut s’installer confortablement. C’était d’ailleurs là que nous avons passé une soirée à Halloween. Il y avait des boules à facettes et un DJ chaud bouillant toute la nuit. On peut aussi découvrir d’autres salles, comme la salle Electro, aux plafonds super élevés ou encore, le bunker, construit par les allemands pendant la guerre. Toutes possèdent une âme, des oeuvres d’arts et des aménagements réalisés par les cataphiles.

D’ailleurs, si l’ambiance des catacombes de Paris vous intéresse, je vous invite à découvrir les œuvres de Misti. Elle ne peint que dans les catas et représente bien l’ambiance que l’on y trouve.

Flyers de Misti

Flyer de Misti, qui conserve la coutume

Les émotions exacerbées !

Je ne sais pas si ça fait cela à tout le monde, évidemment, c’est une expérience personnelle. Mais, pour ma part, mes émotions, dans les catacombes, sont hyper puissantes. Même trop ! La moindre joie se transforme en extase, la moindre contrariété, en drame. Comme si j’avais été droguée à l’air de ces anciennes carrières.

En fait, il se passe quelque chose d’hyper étrange. Déconnectés de la vie normale, de la lumière, de toute forme de vie (non, il n’y a pas d’araignées ou de cafards là-dedans)la notion du temps devient hyper relative. Je n’ai jamais ressenti le temps normalement toutes les fois que je suis descendue. On sortait parfois à 2 h du matin, parfois à 8 h, sans même avoir réalisé que nous avions passé plus de 10 – 15 h dans les catas.

Franchement, c’est un conseil avisé que je vous donne. Si vous n’êtes pas descendu avec d’autres personnes à plusieurs reprises avant, ne vous aventurez pas de manière autonome. Comme je vous le disais, c’est super grand et c’est difficile de se repérer. Et si vous vous perdez, vous avez peu de chance de pouvoir appeler à l’aide. Si vous êtes dans une zone de passage, ça va, mais sinon… Vous n’avez pas de réseau téléphonique, ni de GPS, ni rien du tout. Aucun son pour vous repérer.

C’est pour cette raison, qu’exceptionnellement, je ne donnerai aucun élément pour que vous puissiez vous y rendre. Je voulais simplement vous faire part de mon témoignage. Je sais que nous ne sommes pas si nombreux à avoir eu la chance d’explorer les sous-sols de Paris.

Et vous, vous avez déjà visité un endroit incroyable comme celui-ci ? 

Vous ne pouvez pas aller dans les catacombes de Paris non officielles si vous ne connaissez personne

oeuvre d'art catacombes de Paris
Ce gros machin m’a fait peur à chaque descente

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