Salar d'Uyuni à vélo -Bolivie- © Roulez doudous
Mai 20, 2020
Posted by: Denni Delfino

ITW : Un voyage à vélo en Amérique du Sud en famille avec Roulez Doudous

Une famille à vélo en Amèrique du sud : leur récit !

Partir avec deux tandems et en famille à l’aventure en Amérique du Sud, ça vous tente ?

C’est ce qu’a fait Roulez Doudous, pendant un peu plus d’un an. Une aventure qui les ont menés à découvrir de nombreux paysages époustouflants et à faire de belles rencontres tout en se connectant davantage les uns les autres. Nous avons la chance car aujourd’hui, ils nous partagent leur expérience dans cette interview passionnante.

L’Amérique du Sud à vélo : les chiffres clefs

Durée du voyage : 

11 mois et demi

Pays traversés : 

7 (ou 8 si nous comptons le petit bout en France)

Km parcourus: 

10 664 km

Types de routes : 

un peu de tout, de la véloroute à l’autoroute en passant par des pistes

Vélos utilisés :

2 pino Hase

Poids à pousser :

Enfants compris, environ 90kg pour Richard et 70 kg pour Nathalie

L’interview !

 Salut la famille Roulez Doudous, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Nous sommes une famille de 4, Richard, 42 ans, Nathalie, 38 ans, Martin, 6 ans, et Lucas, 4 ans. Nous vivons sur le Plateau des Petites Roches, en Chartreuse. Nous sommes une famille tout ce qu’il y a de plus ordinaire, nous aimons profiter de la vie.

Vous avez voyagé en Amérique du Sud en famille, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

En avril 2019, nous avons pu profiter d’un congé sans solde de 13 mois et sommes partis en voyage en Amérique du Sud. Nous avions décidé de partir de Quito en Equateur et d’aller le plus loin possible vers le sud dans le temps qui nous était imparti.

Voyage à vélo en famille © Roulez doudous
© Roulez doudous

Comment vous est venue l’idée de ce voyage familial et à vélo ?

Cela faisait un moment que nous avions envie de faire une pause, stopper notre train-train quotidien. Nous avions envie de passer plus de temps avec nos enfants et pourquoi pas découvrir le monde ! 13 mois nous semble être la bonne durée. Nous ne savons pas vraiment pourquoi, c’était 13 mois, voilà tout.

Auparavant, nous avions fait un peu d’itinérance à vélo. Jamais plus de 2 ou 3 semaines d’affilée mais à chaque fois la déconnexion était totale ! Nous passions dans un autre espace-temps. Tout était plus lent, plus doux… Le vélo s’est donc imposé à nous tout naturellement. Dans cette optique, nous n’avions pas envie de courir après le temps pour attraper des avions. Nous voulions être libres . Nous aimons la montagne et avons été attirés par l’Amérique du Sud. L’espagnol étant prédominant, nous n’avions qu’une seule langue à apprendre pour réussir à communiquer. Il ne nous a pas fallu longtemps pour décider de tout ça : 13 mois, en Amérique du Sud, à vélo !

arrivée à Ushuaia © Roulez doudous
© Roulez doudous - arrivée à Ushuaia

C’était votre premier voyage à vélo ?

Avant d’avoir des enfants, nous n’avions jamais voyagé à vélo. Nous étions plutôt en mode sac-à-dos. C’est peu après la naissance de Lucas que nous nous sommes lancés. Les 2 petits étaient dans la carriole, dès le premier voyage, toute la famille a été conquise ! À raison de 2 ou 3 semaines par an, nous avons parcouru une portion de la Vélodyssée (de Bordeaux à Hendaye), une portion de l’EV6 (de Bâle à Chalon-sur-Saône) et une portion de l’Entre-deux-mers (de Moissac à Aigues-Mortes).

Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre itinéraire, quelles ont été les étapes majeures de ce voyage ?

Nous avons atterri à Quito en Equateur et sommes descendus vers le sud. En Equateur, nous sommes restés dans la Sierra et avons découvert le dénivelé et les fortes pentes à vélo, dur dur ! Des amis logeant à Cuenca nous ont accueillis, nous avons pû faire une bonne pause et nous envoler pour les Galapagos, des vacances !

Nous avons rejoint le Pérou via Macará puis nous avons grimpé jusqu’à la Cordillère Blanche. Nous l’avons traversée 3 fois au final ! Altiplano péruvien, Vallée Sacrée puis est venu le lac Titicaca. La frontière côté Est du lac étant moins fréquentée, nous avons décidé de l’emprunter. Petit tour en téléphérique à la Paz puis nous avons rejoint Sajama pour passer quelques jours côté Chili, las vicuñas, salar de Surire…

Retour en Bolivie, traversée du salar de Coipasa et du salar d’Uyuni puis de nouveau, direction le Chili. Nous avons laissé de côté le Sud Lipez, trop dur pour nous et nous sommes dirigés vers Ollagüe puis San Pedro de Atacama.

Paso Sico pour rejoindre Salta en Argentine, de là, Ruta 40 avec quelques détours jusque Mendoza. Les manifestations au Chili nous ont fait prendre un bus jusque San Martin de los Andes. De là, zig-zag entre Argentine et Chili, route des 7 lacs, cruce andino, carretera austral en intégralité, El Chaltén, le glacier du Perito Moreno, le parc des Torres del Paine, le détroit de Magellan puis direction la terre de feu et les Pinguino Rey, Paso Bellavista et Ushuaia ! Nous avions encore du temps alors nous sommes remontés à Buenos Aires en avion et avons fait un petit tour en Uruguay, sur la côte.

Pour la fin de notre voyage, nous avions décidé d’atterrir à Barcelone et de rentrer tout doucement à vélo. Les évènements sanitaires mondiaux du moment en ont décidé autrement. Nous sommes donc rentrés plus rapidement que prévu.

itinéraire Roulez-doudous Amérique du Sud
© Roulez Doudous
itinéraire Roulez-doudous France
© Roulez Doudous

Quels ont été vos coups de coeur pendant ce voyage ?

Les rencontres et les coups de coeur ont été nombreux pendant notre voyage. Nos enfants (nous aussi !) se sont souvent exclamés devant la beauté de notre planète et nombreuses sont les personnes avec qui nous sommes toujours en contact aujourd’hui.

Côté paysages, il y a une portion de notre itinéraire où ces coups de coeurs se sont vraiment succédés. Nous avons contourné le Sajama par le Nord puis avons rejoint la réserve las Vicuñas et le salar de Surire. Nous avons ensuite enchaîné avec le salar de Coipasa et le salar d’Uyuni. Ces 21 jours ont été exceptionnels. Certes, ça a été difficile. Nous avons dû beaucoup pousser dans le sable, nous charger en eau et en nourriture. Mais nos efforts ont été récompensés ! Admirer ces volcans, se baigner dans les sources chaudes au milieu des vigognes, rouler sur l’eau, sur des étendues de sel gigantesques… Et tout ça la plupart du temps seuls… Il est difficile de trouver des mots pour expliquer ce que l’on ressent dans ces moments-là : “waouh !”.

parc national Sajama (Bolivie) © Roulez doudous
© Roulez doudous

Comment se passe un tel voyage à vélo avec des enfants ? Comment on gère les difficultés sur le terrain? Les distances ? Le dénivelé ?

Le plus dur dans le voyage à vélo avec des enfants, ce n’est pas de pédaler, c’est de s’occuper des enfants :D. Martin et Lucas sont encore jeunes et ils ne sont pas encore tout à fait autonomes, ils nécessitent beaucoup d’attention. La journée, ils avaient la possibilité de faire la sieste et le soir ils débordaient donc d’énergie alors que nous ne pensions parfois qu’à aller dormir… Mais c’est comme tout, on finit par prendre le rythme. Quand ça devient difficile, ils nous aident à tenir et à dépasser nos limites. Ils nous encouragent et nous remontent le moral quand ça va moins bien.

Pour les étapes, il faut accepter d’aller plus doucement, de faire moins de kilomètres. Premièrement, nous étions bien chargés, plus que si nous n’étions que deux et puis nous avons essayé de ne pas nous arrêter trop tard afin qu’ils puissent jouer avant de dîner. Nous prenions aussi régulièrement des jours de repos. Tout le monde le sait, les enfants ont des capacités d’adaptation impressionnantes. Nous en avons eu une belle démonstration. Dormir dans des endroits différents presque tous les soirs ne les a jamais dérangés. En quelques semaines, ils parlaient espagnol et allaient à gauche et à droite, jouer avec des enfants ou parler avec des adultes. Quand les gens nous voyaient arriver à vélo avec des enfants, il y avait un mélange de surprise et de curiosité dans leurs yeux. Nous suscitions beaucoup d’interrogations mais la gentillesse était toujours très présente ! Partout dans le monde, les gens aiment les enfants !

Concrètement, comment ça se passait au quotidien pour vous?

Nous avions tracé une ébauche d’itinéraire afin de connaître plus ou moins le nombre de kilomètres entre Quito et Ushuaia et nous avions repéré des endroits où nous voulions vraiment aller. L’avantage d’un long voyage, c’est que nous avons le temps. Le plus simple, c’est de ne rien prévoir dans les détails 🙂 Nous avons affiné notre itinéraire au fur et à mesure de notre avancée, en fonction du temps, de notre état de fatigue, des rencontres, des conseils de voyageurs… C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés à traverser la Cordillère Blanche 3 fois ou que nous sommes allés nous baigner dans les bains chauds de Polloquere !

Pour les hébergements, c’était vraiment au jour le jour. Bivouac, camping, caserne de pompiers, casa de ciclistas, chez l’habitant, école, hôtel… Nous avons essayé beaucoup de choses mais ce que nous préférons, c’est bivouaquer. Les enfants disposent ainsi d’un grand espace, les parents aussi !

au bord de la laguna Huachacocha, réconfort après une dure journée (Pérou) © Roulez doudous
© Roulez doudous

Et niveau budget, vous vous en êtes sortis ?

Sur place, nous en avons eu pour environ 50€ par jour pour nous 4. A ça, il faut rajouter les billets d’avion, l’assurance, les vaccins et bien sûr le matériel (même si nous avions déjà beaucoup de choses). Au final, nous avons dépensé moins que prévu ! Cela nous permettra de repartir plus rapidement 🙂 

Avez-vous des conseils à donner pour celles et ceux qui voudraient suivre vos traces ?

Osez partir ! Si l’aventure en famille vous tente alors foncez ! Si on nous avait dit que nous ferions tout ce que nous avons fait, nous ne l’aurions jamais cru !

  Il faut savoir s’adapter et s’écouter soi-même et les autres. Pour tout le reste, ce ne sont que des évidences, non, par moment, ce n’est pas plat, oui par moment, les pistes sont mauvaises, oui par moment il pleut et il vente, oui par moment, il fait très chaud, oui par moment, il fait très froid, oui par moment les enfants sont insupportables, oui par moment, c’est le conjoint qui l’est… Mais on apprend à faire avec tout ça !

La fabrique à histoires Lunii: les enfants adorent écouter les histoires et ne s’en lassent pas. Elle est assez légère et se recharge facilement. Même maintenant que nous sommes rentrés, ils continuent de l’utiliser.

Les couettes Cumulus : pour le couchage, nous avons investi dans des couettes. Nous n’avons jamais eu froid, même en hiver à quasiment 5000m d’altitude. Elles sont légères et peu encombrantes. Bien sûr, elles impliquent d’avoir un bon matelas.

au-dessus de Loja (Pérou) © Roulez doudous
© Roulez doudous

Vous aviez quels vélos pour ce voyage ? Vous en étiez contents ou conseilleriez de partir sur un autre modèle?

Avec 2 enfants en bas âge (3 et 5 ans au moment du départ), il faut choisir les montures adéquates. Après un calcul rapide, les 2 dans la carriole, ce n’est plus vraiment possible. Ils sont trop lourds et ont tendance à rapidement se disputer. Martin est adepte du follow-me, mais pour de si longs trajets et sur des routes potentiellement dangereuses, nous n’étions pas très chauds. Nous nous sommes donc tournés vers des pino Hase. Les enfants sont devant. Aux premières loges, ils peuvent profiter des paysages, discuter avec le pilote et nous aider à pédaler. Après ce voyage, nous ne regrettons pas notre choix ! Si c’était à refaire, nous repartirions avec Diabolo et Satanas !

Pour terminer, auriez-vous une anecdote à nous partager sur ce voyage

La veille, nous avons quitté Villa O’Higgins par bateau dans le but de rejoindre l’Argentine via le lago del Desierto. La particularité de cette frontière est qu’il faut s’engager dans un trek exigeant de 6 kilomètres à travers boue et rivière après une côte de 15 kilomètres. Ayant beaucoup poussé dans la montée, nous décidons de bivouaquer au sommet et d’attaquer le trek le lendemain, les autres passagers du bateau sont tous partis loin devant. Nous sommes donc seuls.

Au petit matin du 24 décembre, nous plions les affaires quand nous entendons un “hola”. Ce sont les gendarmes argentins ! Avertis de notre présence par les autres cyclistes, ils sont montés à cheval pour voir si tout allait bien. Encore mieux, ils nous annoncent qu’ils sont venus avec un cheval supplémentaire pour emmener les enfants. Martin et Lucas n’hésitent pas très longtemps et refusent de monter (ils n’ont jamais fait de cheval). Nous demandons alors si nous pouvons le charger avec des sacoches, ils acceptent volontiers ! Voilà les chevaux chargés et nous bien allégés ! Nous mettrons tout de même 6 heures pour parcourir les 6 kilomètres. A notre arrivée, les gendarmes allaient de nouveau partir à notre rencontre, ils s’inquiétaient.  Ils nous apprennent par la suite que Martin et Lucas sont les enfants les plus jeunes qu’ils aient vu passer à cette frontière! Nous avons vraiment été gâtés par ces gendarmes, leur aide était, pour nous, le plus beau des cadeaux de Noël !

les gendarmes qui viennent nous donner un coup de main © Roulez doudous
© Roulez doudous

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