Le voyage nous permet-il de changer après tout ?

« Je reviens de 6 mois d’un tour d’Europe à vélo, c’était génial, j’ai beaucoup appris. Vraiment, ce voyage m’a changée » !

Ce retour, « ce voyage qui nous change », c’est quelque chose que les voyageurs disent souvent. Il a dû même arriver que je l’affirme. Pourtant si je ne doute pas de la bonne volonté qu’il y a derrière cette phrase, j’admets qu’elle me laisse toujours dubitative.

C’est presque comme si c’était quelque chose que l’on doit dire en retour, une bonne excuse que l’on donne pour s’être offert ce petit plaisir. Mais est-ce que « changer » doit être forcément le résultat d’un voyage après tout ? Et est-ce que ça vaut pour tout le monde ?

C’est pour cette raison que mon premier réflexe, ce serait de dire que non, le voyage ne nous change pas, enfin pas autant qu’on peut l’affirmer. Avec Denni, quand nous parlons de notre tour d’Europe, nous nous disons que nous sommes fondamentalement les mêmes qu’avant. Lui ajoute même que les automatismes reviennent très vite au retour ! Mais finalement, est-ce-que ce ne serait pas parce que ça fait longtemps que nous sommes voyageurs ? Ou encore parce que l’on voyage parce que ça nous plaît et non pour chercher des réponses ?

Pourquoi un article à ce sujet ?

Ce n’est que mon avis personnel, mais il y a deux choses que je trouve importantes :

  • Le fait qu’un des conseils que l’on peut entendre lorsque l’on va mal, c’est de voyager. Si c’est pour prendre du recul, avoir la tête hors de l’eau et avoir des indices sur comment sortir de cette situation, je conçois tout à fait que ça fasse du bien. En revanche, je ne suis pas convaincue que ça va fondamentalement changer la personne, ni lui donner tous les codes pour ne pas retomber dans cette situation.
  • Dire le « voyage m’a changé, » c’est se rendre complètement passif dans ce changement. Ce serait donc un petit miracle ? Quand le voyageur part, il est fermé d’esprit et déprimé puis il revient ouvert et épanoui comme par magie ?

En réalité, que ce soit pour l’un ou pour l’autre, la situation est toujours bien plus complexe que ça. Il y a tout un travail derrière.

En premier lieu, il y a la décision de partir, l’envie d’aller découvrir le monde, la volonté d’aller à la rencontre des autres et de chercher à réfléchir. Le changement n’est jamais magique (sinon, ce serait trop facile) ! Et puis, dans le voyage, il y a le retour, qui peut même être une épreuve extrêmement difficile pour certains.

Si j’ai envie d’écrire cet article si personnel, c’est que je n’ai pas envie de faire croire aux futurs voyageurs que c’est comme ça que ça se passe. Je trouve que c’est important de savoir que le voyage n’est pas forcément la réponse à tout. Ce n’est en tout cas pas une réponse facile à une problématique difficile. 😉

Lost Waterfalls - randonnée - Boquete
Profiter des montagnes... Sur le GR20 Corse

Le voyage ne change pas, il permet d’évoluer !

Selon moi, les éléments extérieurs ne sont pas suffisants pour changer une personne. Le voyage, les rencontres et la confrontation de nos préjugés avec la réalité peuvent amorcer une réflexion. Mais c’est cette dernière qui nous poussera à faire évoluer nos pensées et même notre comportement envers l’autre. Ce travail, ce n’est pas le voyage qui le fait, mais bien le voyageur. Et si le voyage lui permet de réfléchir à ce sujet, son quotidien aussi le pourrait. Tout simplement parce qu’il en a l’envie.

D’ailleurs, je vois beaucoup de mes amis évoluer sur énormément de sujets sans même avoir voyagé. Ils arrivent pourtant aux mêmes conclusions que de grands baroudeurs ! Leur point commun ? La curiosité et l’envie d’aller chercher plus loin.

Je ne peux pas me mettre à la place de quelqu’un dont je n’ai pas l’expérience ni le ressenti. C’est une chose qui appartient à chacun. Mais, vous l’avez compris, je ne crois pas à ce jeu de hasard. « Je pars voyager et hop, je suis une personne différente ». Probablement même que les personnes qui ressentent ce changement sont justement parties pour réfléchir, se dépasser, tester leurs limites et apprendre davantage sur elles.

La Nouvelle-Zélande pour se recentrer

J’ai toujours su que je voulais voyager. Petite, je passais des heures devant les fiches animaux du WWF. Je me suis amusée à apprendre les noms des pays où ils vivaient sur mon globe terrestre avec la promesse d’aller les observer un jour.

À 19 ans, je me lançais dans un BTS dans le but de créer une entreprise, n’importe laquelle du moment que j’étais indépendante. J’avais choisi mon école sur un seul et unique critère : la possibilité de faire mon stage à l’étranger (ce fut l’Espagne). À 23 ans, je m’étais complètement réorientée et je menais une vie déjà toute tracée.

Licence de droit en poche, je suis partie en Nouvelle-Zélande sur un coup de tête pour 3 mois. J’adorais particulièrement mes études mais je ne suis rentrée qu’au bout d’un an. À mon retour, j’ai à nouveau changé de voie pour créer ma boîte, avec un objectif humain derrière : aider des porteurs de projets.

Où est-ce que je veux en venir ? Le voyage en Nouvelle-Zélande m’a permis de me recentrer. Lorsque j’étais en fac, j’avais oublié que j’avais un besoin vital d’indépendance et une volonté féroce de mener à bien des projets. J’aimais beaucoup mes études, mais cette petite voix en moi me disait de ne pas attendre et de me lancer maintenant. C’était un choix dont je suis fière encore aujourd’hui.

Je suis sûre que ça a dû en surprendre plus d’un, ça a dû sembler être un changement radical, mais est-ce ce voyage qui m’a changée ? Je ne crois pas. Je pense simplement que ça a accéléré le processus et que ça m’a permis de faire les rencontres qui ont fait germer l’idée de la start-up que j’ai lancée.

Finalement on travaille sur des points que l’on veut changer !

Je suis convaincue qu’une personne qui ne mène pas de réflexions lors de son voyage ne changera pas d’une miette. Il faut savoir et avoir besoin de se remettre en question pour changer.

Nous voyageons à vélo, nous avons énormément de temps pour nous. Je passe alors des heures à me perdre dans mes pensées sur mon vélo. Denni quant à lui, observe, cherche les poissons dans l’eau, regarde les oiseaux qui passent et attrape chaque instant que les paysages ont à lui offrir. Nous voyageons ensemble, nous voyons plus ou moins les mêmes choses mais nous vivons deux expériences différentes.

S’il y a une chose qui a grandi durant ce voyage, c’est notre couple.

Entre nous, il a fallu apprendre à vivre ensemble 24/24h. Nous avons appris à nous connaître par coeur, à écouter les besoins de l’autre, savoir quand il faut s’arrêter et quand il faut recommencer. Mes voyages seraient bien vides sans la constante bonne humeur de Denni (justement, qu’il ne change jamais 😉 ). Il n’empêche qu’à chaque fois que l’on est rentré, il a tout de même fallu à nouveau se réadapter l’un à l’autre. Les retours, tout comme le voyage, ont besoin de leur moment.

En ce qui me concerne, le voyage m’a permis d’être plus calme. Conséquence dérangeante d’un passé compliqué, avant le voyage, il m’arrivait occasionnellement d’exploser en cas de trop plein d’émotions. C’est le genre de situation qui n’amène évidemment jamais rien de bon. Avant de partir, j’avais déjà fait un énorme travail sur moi. Mais le fait de m’éloigner de mon train-train quotidien m’a permis d’avancer à ce sujet, d’y réfléchir, de chercher plus profondément les causes et d’être beaucoup plus calme.

Contrairement à certains qui disent avoir gagné en sociabilité, je reste toujours un peu méfiante quand quelqu’un que je ne connais pas s’adresse à moi. En revanche, c’est un aspect qui a évolué chez Denni (il était déjà d’un naturel déjà bien plus sociable que moi).

Le voyage nous a aussi confortés dans notre mode de vie.

Surtout sur notre volonté d’essayer de réduire notre impact écologique (déjà bien présente évidemment, pourquoi partir à vélo sinon ?). Nous nous sommes encore plus éloignés des faux besoins.

Aujourd’hui, nous réfléchissons à chacun de nos achats, nous achetons le minimum de produits électriques, nous tendons vers le minimalisme, nous apprenons le zéro déchet et nous bricolons beaucoup. Puis, surtout, nous acceptons de ne pas être parfaits, mais de tenter au moins.

Entendons-nous, c’est une lutte de tous les jours que de ne pas retomber dans la facilité de notre société de consommation. Le voyage nous a permis de nous détacher encore plus du superflu et de nous attacher encore davantage à l’essentiel. Mais on doit encore contrer nos vieux réflexes.

voyage à vélo - camping
Provence à vélo - forêt enchantée

Finalement, si vous aviez envie de changer et que le voyage vous l’a permis, soyez-en fiers !

C’est vrai après tout, pourquoi vouloir se détacher de ce que vous avez fait ?  Dire que c’est le voyage qui l’a fait, je le répète, c’est une formule qui vous rend passif dans ce processus, alors que pas du tout. Je sais que je joue sur les mots, mais c’est super important dans le message que l’on transmet aux autres ! Puis, si le simple fait de voyager ouvrait l’esprit et nous rendait tolérant à l’autre, je pense que nos livres d’histoire seraient bien différents…

C’est vous qui avez fait la démarche de partir. C’est vous qui avez eu envie de découvrir, de changer et bien sûr, c’est vous qui êtes à l’origine de votre voyage. Donc, si vous êtes heureux aujourd’hui, vous ne le devez qu’à vous-même 😀

En revanche, il y a un point sur lequel j’aimerais insister. Si le voyage éloigne d’une problématique que l’on a, on peut parfois avoir l’impression d’en être débarrassé. C’est ce qui s’est passé pour moi en rentrant de Nouvelle-Zélande. Malheureusement, notre cerveau ne fonctionne pas toujours comme ça et très vite, on peut se retrouver dans les situations qui ont pu nous faire partir. C’est ce que l’on appelle les schémas. Encore une fois, on peut voyager pour prendre du recul, mais on ne peut compter que sur nous pour faire évoluer la situation et se sortir de nos rouages 😉

Et vous, qu’est-ce-que vous en pensez ?

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