Après avoir traversé le continent américain du nord au sud pendant deux ans et demi, Sophie revient sur leur aventure à vélo : Alaska-Patagonie . Nous l’avons interviewée récemment par téléphone pour en savoir plus sur l’histoire de ce voyage et le film documentaire Alaska-Patagonie, la Grande Traversée, réalisé à la suite de cette épopée transcontinentale. Le film a d’ailleurs récemment été récompensé par le prix du public du festival les RDV de l’Aventure.

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De l’Alaska à la Patagonie à vélo : les chiffres clefs

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Durée du voyage : 

813 jours

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Km parcourus: 

28 743 km. 

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Nombre de pays traversés : 

15

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Vélos utilisés :

Genesis Longitude faits à la carte

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Poids sur le vélo :

15 à 20 kg chacun

Derrière l’expédition Alaska-Patagonie

Nous sommes Sophie et Jérémy, un couple de 32 ans, passionné par le déplacement lent. Nous avons tous les deux beaucoup voyagé à pied avant de nous lancer dans le voyage à vélo. Je suis originaire de région parisienne et journaliste réalisatrice pour la télévision. Jérémy est quant à lui « multi-tool », il a été saisonnier pendant 10 ans avec une multitude de jobs différents. Avant de partir, il était gérant de magasin.

L’émergence du projet Alaska-Patagonie

Ce projet est le fruit d’un long processus de réflexion. À l’origine, il s’agit surtout de trouver un projet qui nous fasse partir tous les deux assez longtemps. Nous avons d’abord pensé à un périple à pied. Le rêve de traverser les Amériques à pied du Canada jusqu’à la Terre de Feu émerge d’un carnet de notes tenu par Jérémy quelques années auparavant et fait son bout de chemin. 

Et pourquoi ne pas partir du point le plus au nord pour atteindre le point le plus au sud alors ? C’est ainsi que les recherches sur ce projet se précisent, à la lecture des blogs et des histoires de ceux qui l’ont fait. Parmi les expériences collectées, le récit de Marion et Virgile, cyclo-voyageurs partis sur cette traversée, nous marque. Le projet Alaska-Patagonie est né et le voyage se fera à vélo !

Le voyage à vélo, une nouvelle expérience

Partir à vélo est tout nouveau pour moi qui n’ai jamais voyagé de la sorte. Jérémy a quant à lui une petite expérience de ce genre d’expéditions. Il a réalisé un tour de Nouvelle-Zélande avec un vélo acheté sur le bon coin local à 100€ et a fabriqué des sacoches avec des grands pots de mayonnaise !

6 mois pour trouver le bon vélo de voyage

En l’espace de 4 ans, le voyage à vélo a beaucoup évolué. En 2016, les informations n’étaient pas autant disponibles qu’aujourd’hui et la référence que l’on nous proposait restait la même : le TX400 de Fahrradmanufaktur. Un modèle qui est très bien, mais pas forcément adapté au voyage que nous avons imaginé pour le projet Alaska-Patagonie.  

Par chance, nous sommes tombés sur cycles sport urbain (aujourd’hui devenu cycles 13), une boutique qui a été à notre écoute avec de bons conseils. Marion et Virgile étant partis avec des Genesis, nous nous décidons pour cette marque. Nous choisissons le modèle Longitude pour la pratique un peu plus sportive. Il nous faut alors 6 mois pour nous former au vélo, comprendre ses composants et nous décider sur le bon matériel.

Les vélos sont un gros poste de dépense. Toutefois, l’avantage d’aller chercher cette qualité pour ce projet nous a permis de n’avoir que très peu de problèmes sur le projet Alaska-Patagonie. La preuve, nous les utilisons toujours, continuons à les faire évoluer et à les adapter à nos envies !

©Sophie et Jérémy, Alaska-Patagonie
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L’itinéraire du projet Alaska-Patagonie

Nous avons traversé 15 pays au total : Etats-Unis, Canada, Mexique, Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa-Rica, Panama, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, Chili et Argentine.

Nous sommes partis de Prudhoe Bay, en Alaska, sur l’océan Arctique. Notre projet a été de suivre la ligne de partage des eaux (la Continental Divide), là où l’eau s’écoule soit vers l’ouest, soit vers l’est ou au nord au sud. Cette zone, qui se situe dans les montagnes, traverse les Brooks Range, les Alaskan Range, les Rocheuses canadiennes, les Rocheuses américaines et les Andes. Aux Etats-Unis, l’hiver a été précoce, nous avons dû suivre la côte quelques mois avant de retrouver la fin des Rocheuses, la Sierra Madre, au Mexique. 

Puis, c’est l’Amérique centrale qui s’annonce avec ses volcans avant de retrouver toute la Cordillère des Andes sur plus de 10 000 km !

Quels sont les points marquants de cette expédition ?

Il y en a évidemment beaucoup, en 2 ans et demi de voyage. Notamment des rencontres riches avec des amérindiens qui nous ont offert des lunettes pour mieux comprendre les subtilités du continent. Il est difficile de tous les citer. Toutefois, si l’on ne devait en retenir que quelques-uns, ce seraient :

Le 1er accident, qui a eu lieu au bout de 7 jours de vélo.

Tu prépares ton voyage pendant plus d’un an et demi, tu arrives enfin à ton point de départ au bout du monde et au bout de 7 jours, tu manques de mourir… Renversée par un camion, cet accident aura un impact important sur le moral et nous pose question sur la suite du projet Alaska-Patagonie. Grâce à Kathleen, une native du clan koyukon athabascan, qui nous prête un logement pendant un mois, nous avons heureusement le temps de la réflexion. 

Nous décidons de reprendre la route et de repartir de là où l’accident s’est produit. Ça nous a empli d’une force phénoménale, guéri, nous nous sommes renforcés pour laisser ce mauvais épisode derrière nous. Nous nous sommes dits « Maintenant, à part la fatalité, plus rien ne peut nous empêcher d’aller en bas ».

Toutefois, l’accident nous a décalés dans les saisons. C’est ce qui fait que nous nous retrouvons avec l’hiver précoce dans les Rocheuses américaines, en pleine saison des pluies en Amérique centrale et en plein hiver austral en Patagonie. Une expérience finalement bénéfique : vivre ce voyage dans des conditions difficiles nous a permis de voir d’autres choses !

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De cet évènement marquant, Sophie a écrit un magnifique texte : Relève-toi, Révèle-toi

La Cordillère Blanche au Pérou

Au Pérou, la Cordillère se divise en deux branches : la Cordillère noire qui bloque les entrées maritimes et qui permet à la seconde cordillère, la Cordillère blanche, de rester fraîche. On y trouve notamment le Huascaran qui culmine à 6 768m. 

Nous sommes partis pour le tour du Huascaran, 4 jours de vélo en totale autonomie à l’attaque de cols à plus de 4700m, avec une grosse partie chemins difficiles. L’ascension commence à 500 m d’altitude pour 160km où l’on cumule presque 8000m de dénivelé positif. Tu as vraiment l’impression de passer du niveau 0 au soleil !

Arrivés au sommet, faisant face au Huascaran, la vibration des glaciers, les chutes de pierres, c’est la sensation d’osmose avec l’environnement. L’accomplissement aussi d’être là à vélo et d’y être parvenus à la seule force des mollets est riche en émotions. Ce moment marquera particulièrement Jérémy.

En complément, nous pouvons également ajouter toutes ces rencontres qui nous ont marquées. Notamment nos rencontres avec des amérindiens qui nous ont offert certaines paires de lunettes pour mieux comprendre les subtilités du continent. Il est difficile de tous les citer, on pourrait probablement passer des heures rien que sur ce sujet !

Des conseils à donner à celles et ceux qui veulent suivre vos traces ?

Le premier serait de ne pas trop s’inspirer des trajets des autres car on ne sait jamais dans quelles conditions le voyage a été réalisé. Sous la pluie, soleil, avec beaucoup de nourriture, fatigué ou malade? ou au contraire dans une forme olympique ? 

Derrière une carte, il n’y a pas que des checkpoints et des points de bivouacs, il faut toujours suivre son propre chemin et prévoir son itinéraire à la semaine, pas beaucoup plus, surtout pour une traversée des Amériques. C’est tellement long, qu’il vaut mieux prévoir au plus court pour ne pas être déçus, pour faire évoluer au mieux son tracé en fonction de son état de santé, physique, mental, musculaire, et surtout en fonction des éléments !

Des difficultés à connaître pour être bien préparé

Nous avons rencontré beaucoup de personnes, seules, en couple ou entre amis qui abandonnent au bout d’un moment leur projet Alaska Patagonie parce que cela devenait trop long, trop soutenu pour eux. Et c’est vrai quand tu regardes, on est une poignée chaque année en temps normal à réussir ce projet Alaska Patagonie, et on est seulement un ou deux à l’avoir fait sans jamais monter dans un bus ou une voiture. C’est je pense la principale difficulté, est-ce que nos motivations et le sens que l’on donne à ce projet vont nous permettre de garder le moral et le cap dans l’adversité. 

La raison qui nous pousse à partir est-elle suffisamment construite et forte pour que le mental suive jusqu’au bout sans se poser la question du « pourquoi j’ai eu envie de faire ça au fait ? ». Beaucoup de personnes rencontrées se sont perdues dans leurs pensées, dans leurs motivations, d’où l’importance d’avoir une signification forte selon moi pour un tel projet. On ne part pas traverser les Amériques comme on s’imagine traverser un pays ou l’Europe par exemple. C’est infiniment plus difficile mentalement.

Des équipements que tu recommandes ?

Le tapis de cul Thermarest !!!! Comme on a essayé d’avoir un poids limité sur nos vélos, on n’a pas choisi de partir avec des chaises ou tabouret de bivouac, on avait simplement un tapis de cul et c’est selon moi l’élément indispensable au voyage pour plusieurs raisons : 

  1. Tu t’assoies partout avec sans faire bobo aux fesses, que ce soit sur cailloux, neige, surface mouillée, sable, etc.
  2. Tu peux t’en servir d’isolant supplémentaire sous ton tapis de sol si jamais il fait froid la nuit et que tu veux isoler un peu plus la partie où tu es sensible au froid (pour moi c’est les fesses aussi)
  3. Ça ne prend pas de place et quasi pas de poids, tu peux t’en servir d’éventail s’il fait chaud, de protection dans tes sacoches pour du matériel fragile (ordi, appareil photo) etc. Donc un vrai multi-tool 

Autre élément de matériel qui sauve la mise selon moi : 

Les voile straps et gorilla cages de chez blackburn ! Une astuce poids espace, une alternative aux sacoches avant qui ne sont pas faciles à manœuvrer sur piste ! Un vrai plus !

Peux-tu nous parler du film documentaire – Alaska-Patagonie – qui a emporté le prix du public du festival les RDV de l’Aventure ?

On a filmé pendant 2 ans et demi le voyage car nous faisions des épisodes tous les mois pour les écoles qui nous suivaient. Une fois rentrée en France, j’avais envie de réaliser un documentaire. C’est une fois après avoir visionné toutes les images que je me suis rendue compte qu’il y avait matière et un lien entre tout ce que nous avions filmé : la Terre.

Je ne voulais pas forcément faire un film uniquement « voyage vélo », j’avais l’envie de raconter autre chose. J’ai eu envie de raconter la vision qu’ont deux cyclistes du continent américain en le traversant du nord au sud. Ça a donné un film de 55 min qui a été coproduit par Ushuaïa TV. 

Ce film a été sélectionné dans pas mal de festivals de films d’aventures, mais c’est soumis à la situation sanitaire. Beaucoup de diffusions ont été annulées.

Les prochains festivals où l’on peut voir le film :

FIFAD, Ormont-Dessus, SUISSE 3-8 août

Festival du voyage à vélo Sacoches et Guidoline, Peisey-Vallandry, 20-21 août

Festival du film d’aventure de l’île de la Réunion du 22 août au 5 septembre

Festival Retours du Monde, Pont-du-Fossé, 8-11 septembre 

Opéra de Massy, 12 septembre 

ABM Niort, 18-19 septembre 

What a Trip festival, Montpellier, 20-26 septembre

Le film n’est pas encore disponible en VOD, car Ushuaia détient les droits exclusifs pour la première année. Il sera disponible l’année prochaine. 

Réaliser ce documentaire nous a apporté également du recul. Quand tu voyages, tu as une sorte de pellicule de protection. Le cerveau ne digère pas tout sur le moment, se replonger plus tard nous permet de mieux comprendre ce qui nous est arrivé. Jérémy est en train d’écrire de son côté et lorsque je lis, j’ai l’impression de redécouvrir ce que l’on a vécu.

Quels sont les projets à venir ?

Plein de projets vélo et plein d’envies, mais c’est difficile de se projeter tout de suite. 

Nous aimerions lier le vélo et le documentaire à nouveau dans un futur projet professionnel d’aventure. Il est au stade d’écriture actuellement ! Mais petit indice, il fera froid 🙂

Il y a également l’écriture du livre de Jérémy et j’ai aussi l’envie de sortir un livre photo qui mêlerait réflexions, poèmes, et anecdotes de voyage, si un éditeur passe par là, le message est lancé !

Nous remercions Sophie pour le temps qu’elle nous a accordé pour répondre à nos questions !

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En savoir plus sur le projet Alaska-Patagonie ?

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