La Grande Traversée VTT de La Creuse – Il était une fois le pays des merveilles

par | Mis à jour le 06/07/2022 | Publié le 29/06/2022 | France | 0 commentaires

Ses forêts sont mystérieuses, empreintes de légendes et appellent au calme. S’y aventurer sur la Grande Traversée VTT de la Creuse, c’est se perdre dans l’espace-temps creusois, revenir à la simplicité et observer ce qui nous entoure avec grand émerveillement.

La Creuse est le deuxième département le moins peuplé de France, derrière la Lozère. Et c’est ce qui fait tout son charme. Son bocage vert se fond dans une nature sauvage, ses petits villages typiques vous plongent dans une France rurale, belle et tranquille.

Le 1er juin 2022, le département inaugurait un nouveau tronçon sur la Grande Traversée VTT de la Creuse qui à l’origine faisait une boucle autour de la charmante ville de La Souterraine. Une nouvelle proposition d’itinéraire qui vous fait pédaler un peu plus de 260km de La Souterraine jusqu’à Aubusson en grimpant plus de 5000 D+ par chemins forestiers, single Track, et pistes de terre.

Les Grandes traversées VTT en France

Les Grandes Traversées VTT sont destinées à l’itinérance et à la découverte des territoires. Sur le moyen cours, ces pistes traversent des massifs entiers ou des départements. Un balisage spécifique (balise rouge) ainsi qu’un topo-guide sont toujours proposés pour accompagner les intrépides. Les Grandes Traversées, qui sont au nombre de 14 en France, sont de difficulté variable. Je dirai que la Grande Traversée VTT de la Creuse peut être notée de 3/5 en difficulté.

Tout juste rentrés, la première réflexion que j’ai, est de conseiller cet itinéraire à toute personne souhaitant se lancer dans le bikepacking et souhaitant se tester soi-même, son matériel et sa technique. Cette Grande Traversée VTT propose une grande variété de chemins, sur herbe, cailloux, racines, terre, et il n’y a presque jamais de répit. Ça monte et ça descend constamment. C’est aussi un coin de France méconnu dont le patrimoine et l’histoire méritent que l’on s’y intéresse ! Je vous partage avec entrain le récit de cette semaine dépaysante et ressourçante au cœur d’une Creuse verte, sauvage, insoupçonnée.

Intéressé-e par les Grandes Traversées VTT ? 

Découvrez aussi le retour d’expérience de Sophie sur la Grande Traversée de l’Ardèche

La Souterraine – Le point de départ de la Grande Traversée VTT de la Creuse

Pour rejoindre la ville de départ, un TER nous y emmène. Les vélos sont acceptés gratuitement dans ces trains, pas besoin de réserver. La Souterraine est sur la ligne de Paris Austerlitz, Toulouse, Brive la Gaillarde, Limoges, Vierzon, Châteauroux, ou Cahors par exemple. Pour les Intercités il faut compter 10 euros pour voyager avec son vélo. Il n’y a pas beaucoup de trains par jour, mais c’est une question d’organisation et on y arrive très bien !

Avant de démarrer la Grande Traversée VTT de la Creuse, Jérémy et moi choisissons d’aller dormir en chambre d’hôtes, à la Maison Volière. J’avais réservé cette chambre en me disant que cela avait l’air sympathique. Établissement récent, dans une maison de caractère, pour un prix abordable. Et je peux vous dire qu’encore aujourd’hui, je pense à retourner à la Souterraine juste pour redormir là-bas et retrouver la belle atmosphère créée ! 

Valérie et Annaka qui sont les maîtresses des lieux donnent une teinte extraordinaire à la Creuse, d’emblée. Outre le fait que l’on a pu poser les vélos dans un local fermé, que l’on se soit baigné dans la piscine extérieure et que l’on ait pu déguster un fondant au chocolat maison au goûter, on commence à comprendre pourquoi des gens d’ailleurs viennent s’installer en Creuse. Nous avons fait quelques centaines de mètres entre la gare et leur maison, et déjà un renard d’observé ainsi que des écureuils et un pic sur le noyer de leur terrain. Si eux se sentent bien ici, pourquoi pas nous ?

Annaka est passionnée de nuages et nous invite à visiter sa bibliothèque pleine de pépites, ce qui n’est pas inintéressant étant donné le pronostic peu engageant de la météo pour ces prochains jours. 

La Souterraine est une ville assez jeune, il y a une école d’art appliqués, donc il y a de nombreux points logements et restaurants ainsi que d’épiceries. Vous trouverez forcément votre bonheur peu importe votre budget.

J1 : Immersion verte dès les premiers kilomètres sur la Grande Traversée de la Creuse

Départ : La Souterraine

Arrivée : Bussière Dunoise

Distance :

44,68 km

Vitesse moyenne :

11 km/h

Dénivelé positif :

Environ 600 D+

Les nuages ne trompent pas, aurait pu dire Annaka. Des cumulus congestus s’accumulent et se développent à vue d’œil. Une alerte orange est annoncée pour ce soir, nous devons faire en sorte d’arriver à notre première étape avant 17h pour être au sec. Après un copieux et délicieux petit-déjeuner fait de produits locaux uniquement (ça y’est je suis nostalgique…), nous prenons la route. 

Un petit tour de ville et déjà nous quittons l’asphalte pour nous immerger sur la Grande Traversée de la Creuse dans un beau single track qui longe plusieurs étangs, coins de forêts et bosquets. Un chevreuil ! Cela promet. Le sentier est parfaitement bien balisé, le téléphone est rangé dans la sacoche. On profite, on se laisse aller et on lâche les freins, beaucoup trop heureux de pédaler à nouveau dans une contrée inconnue !

Tout à coup, je m’arrête. Pas de bruit. Rien. À part les oiseaux, le doux bruissement des feuilles, c’est le calme plat. Quel luxe aujourd’hui…

Quelques petites portions d’asphalte pour faire des transitions et accessoirement saluer les habitants, la grande partie de la journée se passe sur chemin, sentiers et single. La promesse de déconnexion et de nature est tenue !

Le ciel continue de se charger, nous avons prévu pendant cette semaine de dormir en hamac / tarp. Nous sommes censés aller au camping de la ferme La Chevauchée ce soir, chez Pascal. Un petit coup de fil de sa part, il nous a réservé une petite pièce pas loin du four à pizza pour dormir au sec ce soir, sait-on jamais. Gentleman !

Nous arrivons en fin de journée, sa ferme se trouve à 5km en dehors de la trace dans un joli coin champêtre. Et bonne surprise, tous les samedis soir chez Pascal, c’est soirée pizza. Note pour plus tard, pensez à lui rendre visite donc, un samedi ! On met la main au fourneau, Pascal est en retard. Il faut découper les légumes, les précuire, on aide volontiers ! L’orage arrive à grand pas, on regarde depuis notre abris les convections se faire, ça se stratifie ! En attendant que le four soit bien chaud, Pascal nous raconte un peu son histoire. Et on est un peu abasourdies. Il a vécu plusieurs années sur des îles paradisiaques, et pourtant il nous le dit clairement : « pour rien au monde je n’habiterai ailleurs qu’en Creuse, ici c’est mon lagon de tranquillité, il n’a pas son égal même à Wallis et Futuna… ». On regarde autour de nous, on se demande un peu ce qu’il a bien pu boire dans notre dos sans qu’on le voit faire ? Mais on comprend très vite son point. Ici, dans le bocage creusois, il se sent « à la maison », et il a noué avec l’esprit de tranquillité qu’il cherchait depuis longtemps. C’est certain que cette paix et cette liberté n’ont pas de prix.

Une 4 fromages et une lardons noix pommes bleu d’auvergne s’il te plait Pascal ! On dresse nous-même nos pizzas, histoire de grappiller un ou deux morceaux de fromage en plus et zouh on passe à table. On culpabiliserait presque de manger déjà autant alors que l’on a fait que 45 km, mais on dira que l’on prend des forces pour la suite ! Et on en aura besoin.

La tempête passe. On est impatients d’être à demain.

J2 : Prendre de la hauteur sur la Grande Traversée de la Creuse

Départ : Bussière Dunoise

Arrivée : Bivouac perdu en forêt au nord de St Eloi

Distance :

62,81 km

Vitesse moyenne :

9,5 km/h

Dénivelé positif :

Environ 850 D+

 

Au matin, le temps est nuageux et humide, la pluie de la veille a bien détrempé les sols. De petits sentiers champêtres nous font prendre doucement de la hauteur. On a de la boue jusqu’aux joues. Mais ça c’est le jeu !

Au moment où je me disais que j’aimerais bien visiter des villages, la trace nous en fait traverser quelques-uns. Notamment celui de Saint-Silvain-Montaigut qui est une petite pépite. Les portions d’asphalte sont un peu plus nombreuses que la veille et ce n’est pas plus mal car cela monte bien raide dans les chemins ! On dira que ces petits dénivelés avalés sur route sont nos respirations et repos de le la journée !

En chemin, nous passons le col du Peyroux, petit clin d’œil à l’Amérique latine, sauf que l’on n’est qu’à 600 mètres d’altitude. Le Puy des trois cornes nous offre les premiers points de vue de la traversée. Nuageux et brumeux mais on aime cette atmosphère. Elle pousse à l’introspection et à apprécier les petites choses simples.

En parlant de choses simples, aujourd’hui nous avons vu trois chevreuils dont un que l’on a vu sur le sentier, un renard et une huppe fasciée. Assez rare à observer selon un ami ornithologue ! Quelle chance !

Sur le topo guide, il est proposé de s’arrêter aux environs de Saint-Silvain-Montaigut mais il n’a pas l’air d’y avoir grand choses d’ouvert pour dormir. Certainement qu’à la belle saison, des gîtes proposent des nuitées. Nous préférons pousser un peu plus pour arriver sur l’heure du déjeuner à Guéret demain et profiter d’une demi-journée tranquille. Avant de repartir sur des sentiers en forêt, nous nous arrêtons dans un lieu-dit et cherchons à faire le plein d’eau. Un villageois nous indique la fontaine sur laquelle est écrit : eau non potable.

–   « Rassurez-vous, cette eau est tout à fait bonne, on boit le Ricard avec ! Vous pouvez y aller les yeux fermés »

Merci Vincent ! On t’écoute sur parole.

Le soir, nous trouvons un emplacement bivouac de choix sur les vestiges d’une vieille carrière de granite bleu. Il faut savoir qu’en Creuse, la possibilité de bivouac est très grande ! Il y a beaucoup d’espaces libres, de forêts et de prairies qui s’y prêtent tout à fait. De plus, les locaux sont très accueillants et acceptent tout à fait cette manière de voyager, tant que l’on ne laisse aucune trace de son passage. La journée a été bien humide. On décide de faire un feu pour se réchauffer car les températures chutent autour des 9 degrés, par temps humide, le ressenti est un peu plus frais. Nous avons pris avec nous un peu d’écorce de bouleau ce qui nous facilite la tâche. Le bois humide sèche vite. Le feu nous régale toute la fin de soirée et nous dormons comme des loirs. L’eau de source de Vincent est en effet délicieuse, sauf que l’on n’a pas de petit jaune à mettre dedans !

J3 : Les Monts de Guéret, vue panoramique sur la Creuse

Départ : Bivouac

Arrivée : Guéret

Distance :

36,19 km

Vitesse moyenne :

10 km/h

Dénivelé positif :

Environ 900 D+

S’il fallait se souvenir d’une journée difficile et technique, ce serait celle-ci. Les monts de Guéret sont assez connus pour les vététistes. On croise de nombreuses pistes dédiées, certaines avec sauts, virages techniques, hike a bike. Sur la GTC, on a de belles montées à plus de 15%, sur chemin bien entendu. Les racines humides et les petites pierres compliquent l’avancée. Les contreforts du massif de Maupuy ne se gagnent pas aussi facilement que l’on pense ! Même Jérémy pousse son vélo par endroit, c’est dire !

Les paysages sont toujours aussi fantastiques. On se sent enveloppés par ces forêts des temps anciens. Sur les hauteurs, un parcours artistique a été installé. De quoi faire quelques pauses au frais avant d’entamer la descente vers le lac de Courtille et le camping de Guéret pour une douche chaude salvatrice !

La descente semble interminable. On voit le lac qui se rapproche, mais la trace nous fait faire de grands détours. La Grande Traversée VTT de la Creuse peut jouer avec les nerfs ! La route asphaltée est directe et prendrait 10 minutes. La trace, elle, nous emmène pendant encore 1h dans la forêt entre les ronces. On joue le jeu, il y a un beau point de vue à la clé, celui du rocher des pierres civières. C’est aussi ce qui peut être agréable dans ce parcours. Pour celles et ceux qui se sentiraient fatigués et auraient envie de couper, les possibilités sont assez nombreuses de rejoindre la route. Il ne faut pas culpabiliser si un moment où un autre, vous vous sentez épuisés et avez envie de quitter la trace. Je vous invite à regarder tout le tracé et vous comprendrez que même si les chemins vous emmènent dans des endroits reculés, il y aura toujours un moyen de retrouver l’asphalte. Donc pas de panique. 

Ce qui est certain, c’est que cette portion en direction de Guéret est un bel exercice avec un vélo de voyage type bikepacking. Si vous rêvez de traverser les Andes à vélo ou la route du Pamir, alors cette portion de la Grande Traversée de la Creuse vous en donnera un bon avant-goût technique. L’occasion de faire le bilan sur ses points forts, faibles et sur la solidité du matériel !

Nous arrivons donc à Guéret, après avoir flâné en forêt à observer les différentes créations artistiques et gros blocs de granite qui lévitent. Point de ravitaillement en nourriture, en fruits, en chocolat. Nous arrivons au camping de la ville, tenu par Diane la québécoise et son mari. Ce weekend, une flopée de cyclistes de la fédération sont là, nous sommes entourés de camping-car où l’heure de l’apéro a déjà commencé, la grande majorité des cyclistes étant revenus de randonnée. Nous trouvons chacun deux arbres pour étendre nos hamacs. La pluie s’invite. Nous commandons des pizzas, afin de comparer celles de Pascal, évidemment ! 19h, pizzas livrées. On nous en offre une au camembert, comment refuser ? C’est vrai que la nourriture pour un cycliste, c’est très important. C’est une motivation, même ! Nous avons d’ailleurs quelques petits défis à relever ces prochains jours. Goûter un maximum de produits typiques et de recettes du coin. Demain est une bonne journée pour cela !

J4 : Grande Traversée VTT de la Creuse entre patrimoine culturel et gastronomique

Départ : Guéret

Arrivée : Moutier

Distance :

47 km

Vitesse moyenne :

10 km/h

Dénivelé positif :

Environ 800 D+

Au petit matin, Jérémy a une crevaison ! Merci les ronces. Pour aller vite, un camping-cariste nous aide et nous prête sa pompe à pied qui envoie bien plus d’air que la nôtre. Merci ! On sort à peine du Camping, on parcourt à peine 1km que l’on pousse déjà les vélos dans une sacrée belle montée. Pas sympa au petit matin ! On aura notre revanche à coup de gâteaux creusois dans le prochain village ! Pierres et racines glissantes, montées à plus de 16%, la pizza au camembert était-elle de trop ? Tant pis ! On a une belle récompense en arrivant en haut du mont Gaudy. Une magnifique vue sur le bocage creusois et le chemin parcouru. On apprendra au détour du sentier que cette butte était habitée au XIIème siècle. Les vestiges sont encore nombreux çà et là.

Bien traumatisés par ces premiers coups de pédale, nous sommes contents de serpenter entre asphaltes sur la trace et chemins plus tranquilles. Plus l’on s’éloigne de Guéret et plus on a un relief qui s’adoucit. Les belles pistes carrossables nous font avancer plus vite et profiter du paysage. Je relis les notes que j’ai prises ce jour-là et je vous en partage un bout.

« Venir en Creuse, c’est chercher à écouter le murmure de l’eau, le calme de la campagne, et la solitude des forêts. Je comprends celles et ceux qui ont fait le choix de rester ou de venir s’installer ici. L’homme s’est toujours développé en harmonie avec son environnement, du moins c’est le sentiment que j’ai en quelques jours de vélo. C’est apaisant.»

J’avais l’air bien quand j’ai écrit ça ! Alors que dans mon souvenir, ce début de journée était plutôt rude ! J’ai sans doute rédigé cela après avoir croqué dans un gâteau creusois.

Si vous venez pédaler sur la Grande Traversée VTT de la Creuse, vous ne pouvez pas passer à côté de ce gâteau local à la recette déposée et protégée. Plusieurs boulangeries le proposent, toutes doivent le vendre dans le même emballage. C’est un régal assuré. Une magnifique note de noisette, voluptueuse qui apaise tous les maux de mollets !

À un croisement, nous tombons sur la séparation des deux tronçons de la Grande Traversée de la Creuse. C’est très bien indiqué, il suffit de suivre le panneau qui indique « GTC Aubusson ».

En changeant de tronçons, nous changeons aussi de paysages. Nous croisons beaucoup de beaux villages. On sent que l’on passe doucement vers une autre Creuse. Plus riche, avec des constructions plus élaborées. On pense par exemple à Moutier d’Ahun, au bord de la Creuse, notre étape bivouac du soir.

Moutier d’Ahun était sur le tracé de plusieurs voies romaines. Son monastère fondé en 997 est à voir absolument. Nous nous sommes fait avoir, il est ouvert tous les jours de la semaine sauf le mardi. Devinez quel jour nous étions lorsque nous sommes passés ? Tant pis pour nous, de l’extérieur c’est déjà une magnifique vue. Ce soir, nous bivouaquons au bord de la Creuse en face du village. Ce sont les habitants qui nous ont conseillé d’aller dormir là-bas. L’endroit est très calme, on s’accorde même une petite toilette dans la Creuse, et un gâteau creusois, encore un !

J5 : Voyage au centre de la Creuse accueillante et authentique 

Départ : Moutier d’Ahun

Arrivée : Bivouac proche du lieu-dit Bujadoux

Distance :

40 km

Vitesse moyenne :

11 km/h

Dénivelé positif :

Environ 750 D+

Au petit matin, averse froide. On n’a pas de chance décidément mais la suite devrait s’annoncer lumineuse. On accélère le pas. Passage bref devant le château de Villemonteix que l’on ne prend même pas en photo tellement il pleut. Nous arrivons dans un état second à Chénérailles. Contrairement aux jours précédents, les pistes même ourdées d’eau sont praticables. Bon point !

Nous arrivons dans ce petit village médiéval et passons devant un « café charcuterie ». On n’avait jamais vu ça alors bien entendu on est rentrés s’y réchauffer et voir à quoi cela ressemblait. Résultat, on y a passé deux heures !

Il faut quand même expliquer le pourquoi du comment. Cette journée de vélo est peut-être la moins intense en termes de dénivelé ou de paysage, mais ce qui fait tout son charme c’est justement le fait que la trace nous emmène dans cette petite ville haute en couleur.

La famille Norre occupe les murs de ce café charcuterie depuis 1960. Dédé est le grand patron, et son fils Roch a repris l’affaire familiale. Mamie Norre est heureuse de pouvoir discuter avec tout le monde et d’être au petit soin, son regard respire la bienveillance. Son prénom restera aussi secret que les recettes de pâtés de la charcuterie.

« le prénom de ma femme ? je ne m’en souviens pas », soupire Dédé.

Quand nous entrons, le café est déjà bondé. Pourtant il existe d’autres adresses dans la ville, mais c’est à croire que c’est ici que tout se passe. Un café au lait, chargement de téléphone, discussion avec Dédé, nous voilà là où nous devons être, au cœur de la Creuse ! On y parle plantation de poireaux d’hiver, cancan, politique…

Et puis un moment, le café se vide. Chacun part travailler. Nous, on reste. Il pleut encore un peu et les lieux sont chaleureux. C’est un trésor. On approfondit la discussion avec André, Dédé c’est pour les habitués, nous nous ne sommes que de passage. Je le félicite pour l’atmosphère qu’il a su donner à ses murs et il fond en larmes en me murmurant la difficulté avec laquelle il a créé ce café en rentrant de la guerre d’Algérie, le cœur meurtri. Je comprends un peu mieux pourquoi un homme qui est né en 1936 continue de travailler pour aider son fils au comptoir. Besoin de s’occuper, besoin de voir des gens, de rire.

Le temps passe et nous on reste là. Parce que c’est aussi la beauté d’une grande traversée VTT, pouvoir prendre le temps de s’imprégner d’un lieu et de passer là où l’on ne se serait peut-être jamais arrêté autrement.

Vient vite l’heure du déjeuner, la charcuterie de la famille Norre a l’air incroyablement bonne mais on aimerait manger plutôt équilibré ce midi. On voit que de l’autre côté de la rue, se trouve le Coq d’or. Au café on nous prévient : « Vous allez raquer ! Mais là-bas attention, les serviettes sont en tissu ! ». On y va.

Pas déçus ! Changement d’univers. Suite à un concours de circonstances intersidérales, il se trouve que le restaurant a de la place ce midi pour nous deux. Normalement, il est préférable de réserver à l’avance car il est très souvent complet. Formule entrée plat dessert s’il vous plaît. Jérémy opte pour le menu à 27 euros, moi je m’emballe avec celui à 45 euros… On n’a qu’une vie.

La reprise, vous l’imaginez, est difficile après un si bon repas. Mais la Creuse que l’on découvre nous enchante. Des châteaux apparaissent, tous plus beaux les uns que les autres. Nous comprenons que nous sommes alors sur la « marche », la frontière entre l’ancien pays d’Oïl et pays d’Oc. Les commerces et les places fortes étaient nombreux, cela se ressent dans notre avancée.

Au soir, après avoir longé une magnifique abbaye, nous trouvons une petite forêt de chênes où nous tendons nos hamacs. Trop fatiguée pour prendre une photo, je m’endors en peu de temps.

J6 : Entre Pays d’Oïl et Pays d’Oc sur la Grande Traversée de la Creuse

Départ : Bivouac

Arrivée : Champagnat

Distance :

35,58 km

Dénivelé positif :

Environ 600 D+

Les chemins sont beaucoup plus simples à pratiquer. La route est très esthétique, le bocage est parsemé de châteaux encore une fois. Mainsat, Bellegarde-en-Marche, on se régale. On sait que l’on arrive demain à Aubusson et que là-bas, nous gouterons au fondu creusois, on a déjà repéré quelques restaurants. La motivation je vous disais ! Du fromage fondu et des frites.

Pause-café, il faut profiter de cette belle journée. Au moment de repartir, nous nous rendons compte que nous avons chacun crevé un pneu. Les ronces. On discute un peu avec la patronne du café du coin, parisienne arrivée ici il y a 40 ans.

Aujourd’hui est une journée un peu particulière, on fait une entorse à la trace. Nous la quittons à Bellegarde-en-Marche et prenons la direction de Champagnat pour nous rendre à un petit trésor dont nous a parlé l’office du tourisme. Il s’agit d’un tout nouveau gite d’étape , la Roue d’Escampette, tenu par une femme formidable, Guylaine.

Elle a ouvert il y a quelques mois à peine son gîte de 15 personnes pour cyclistes et projette d’ouvrir dans les prochaines années une partie dédiée aux personnes à mobilités réduites avec vélos adaptés. Guylaine a été agricultrice, maîtresse d’école et aujourd’hui elle est aux petits soins pour ses hôtes. Quand nous sommes arrivés, elle a peut-être eu pitié de notre état et nous a proposé de laver nos affaires en machine. On oublie vite ce à quoi l’on ressemble quand on pédale !

Une fois installés, nous profitons du calme des lieux et des lumières magnifiques. Les vélos dorment à l’abri, un atelier est disponible si besoin. En dehors des rénovations faites, tout dans le gîte de Guylaine est issu de la récup’.

Table en formica, vaisselle, on se sent comme à la maison, ou chez un parent. C’est une ambiance décontractée qui nous a beaucoup plu ! Après une douche chaude, sieste. C’est mérité on dira. Jérémy vient me réveiller, la table est dressée. Guylaine nous a concocté un bon petit plat avec de la bonne charcuterie de chez la famille Norre ! Et surtout un plateau de fromage d’anthologie. Que du local bien entendu et du jamais goûté encore.

Guylaine est un peu à la croisée des chemins, c’est-à-dire que son gîte est accessible depuis plusieurs parties de la trace de la Grande Traversée de la Creuse VTT. On a entendu également qu’un nouveau tronçon passerait vraiment à côté de chez elle, une aubaine pour son projet.

Le correzon, une pâte fraîche qui ressemble un peu au chaource mais en plus savoureux. Un délice ! Nous sommes seuls ce soir chez Guylaine, alors on boit du vin, on discute, on refait le monde et on écoute notre hôte nous parler de sa Creuse à elle. Une Creuse du terroir mais un pays qui n’a pas encore beaucoup d’infrastructures pour les PMR. Son conjoint est à mobilité réduite et cela a été un déclic pour elle. Alors que l’on passe la soirée à échanger à ce sujet, Guylaine s’en va ensuite continuer de travailler sur son projet. L’association est créée, le terrain prêt à être travaillé, il ne manque plus que le budget et les financements pour avancer. Mon petit doigt me dit que c’est en bonne voie !

Cette nuit, le sommeil est lourd.

J7 Dernier jour sur la Grande Traversée de la Creuse, à la découverte de la tapisserie d’Aubusson

Départ : Champagnat

Arrivée : Aubusson

Distance :

53 km

Dénivelé positif :

Environ 500 D+

Reprise au matin, après un bon petit-déjeuner et des aurevoirs chaleureux. Je crois que cette journée a été la plus ensoleillée de toute la traversée. Comme si le soleil creusois nous narguait. Pas un nuage à l’horizon.

La fin du trajet se fait sans encombre, entre sentiers, portions de route, de chemins et une arrivée en douceur à Aubusson par la Creuse. On pourrait penser que l’article touche à sa fin ici, mais non. On a quelque chose de fort important à partager avant de conclure ! Aubusson, c’est la Cité Internationale de la Tapisserie. Et que l’on soit intéressé ou non à cet art ancestral commun à toutes les cultures du monde, la Grande Traversée ne s’arrête pas qu’au pont qui surplombe la Creuse. Il faut profiter de cette étape de fin pour aller s’enfoncer dans les ruelles et musées de la ville.

Bon, avant tout bien entendu, il faut fêter l’arrivée dans un restaurant qui propose le fondu creusois ! Obligatoire. Péremptoire.

Et puis ensuite, au musée ! La ville est très tranquille, on attache les vélos sur l’esplanade du musée et on demande gentiment à déposer nos bagages précieux au guichet d’accueil.

Pour celles et ceux qui ne le savent pas encore, Aubusson a une renommée en France et à l’international pour sa tapisserie. Outre le fait que les rois de France ou Napoléon en aient commandé, la cité de la tapisserie ne se repose pas sur ses acquis et s’inspire aujourd’hui de grands chefs d’œuvres de Miyazaki et Tolkien.

Pour le côté histoire, il faut parcourir le Musée pour en apprendre plus sur les techniques, les anecdotes et découvrir des tentures vieilles de plusieurs siècles. La plus ancienne date de 1485. C’est assez incroyable de pouvoir les observer et presque les toucher. Lorsque Jérémy et moi avons traversé le continent américain à vélo pendant deux ans et demi, nous avons vu chaque communauté, chaque culture, tisser des tapisseries colorées aux motifs amérindiens si reconnaissables. C’est très enrichissant de découvrir ici à Aubusson les secrets de fabrications de toutes ces tapisseries. Les techniques anciennes, les jeux de couleurs. Une partie du musée est même dédiée aux tapisseries du monde entier et l’on peut observer par exemple des pièces de Syrie. Je pense que cela peut rappeler des souvenirs à un grand nombre de personnes ou bien donner l’envie à d’autres d’aller s’intéresser à ces savoirs-faire en France et à l’étranger.

Et pour proposer de nouvelles productions, la Cité internationale de la tapisserie a signé une convention avec le Tolkien Estate et le studio Ghibli Inc. pour les réalisations de deux séries de tapisseries monumentales.  14 tapisseries tissées à partir des dessins et œuvres de J.R.R Tolkien, et une série de 5 tapisseries extraites de grands films de Miyazaki comme princesse Mononoké, le voyage de Chihiro, le château ambulant ou Nausicaä.

Attention les yeux et la grandeur des pièces. Jérémy a scotché sur la première de Miyazaki accrochée qui fait 25m2. Cela a pris près d’un an à la tisser, deux personnes seulement s’en sont occupées.

A l’étage, il y a l’école où des étudiants de tous âges apprennent à tisser, on passe doucement sans faire de bruit car ils sont en plein examen. Cynthia, du service communication, nous emmène dans les ateliers qui servent aux différents artisans lissiers. Tout le monde peut les visiter également, sur rendez-vous avec le guide. En Juillet et août, y compris les jours fériés, les visites guidées sont gratuites sans réservation à 10h30 et 15h.

La cité dispose de plusieurs ateliers à tisser de grandes tailles, car les lissiers d’Aubusson ne pourraient pas en avoir d’aussi grands dans leurs propres ateliers. Ils se déplacent donc à la cité pour travailler. On tombe sur Aurélie, qui commence le tissage du prochain Miyazaki. Pendant longtemps, les lissiers étaient des hommes, aujourd’hui la tendance s’inverse. Aurélie commence à jouer des pédales, et me confie qu’elle commence à tisser des nuages.

–   « C’est intéressant parce que tisser des nuages, ça force à s’intéresser à la manière dont ils sont faits, ça me donne envie d’apprendre un peu plus de choses sur les nuages… »

On lui a alors donné le contact d’Annaka à La Souterraine. Quelle conclusion !

Avant de dîner et d’aller nous coucher, on nous a fortement recommandé d’aller visiter le musée du carton de tapisserie.

Chantal Chirac est restauratrice d’art et son histoire est plutôt passionnante. Un jour qu’elle chinait, on lui propose des sacs poubelles entiers de “cartons” de tapisserie . Ce sont des patrons à l’échelle qui servent de modèle aux lissiers sur lesquels ils se basent pour tisser. Sauf que ces croquis sont en fait de véritables peintures, œuvres, que des peintres peignent dans l’ombre des lissiers. Chantal a découvert ces créations de l’ombre et s’est donnée comme objectif de leur redonner toute la lumière qu’elles méritaient.

Son musée est aussi important à visiter que la cité de la tapisserie à bien des égards. Elle met en lumière de manière complémentaire le travail de peintres jusqu’ici mis de côté.

Ce que vous allez apprendre en venant l’écouter est juste extraordinaire. Ses murs recèlent d’anecdotes. Entrez chez elle et fondez-vous en fait dans les recoins de l’Histoire. Vous allez voyager du violet minéral à la terre de sienne, entre pampres et renards, princesses et licornes. Je n’ose trop m’étendre sur le sujet, car il mérite d’être découvert par soi-même.

CONCLUSION DE LA GTC

Je me rends compte en écrivant ces mots, que cette Grande Traversée VTT de la Creuse a été d’une richesse insoupçonnée, tant sur le plan nature, vélo, humain que culturel. J’ai eu l’impression en une semaine de rassembler tout ce qui fait d’un voyage à vélo une réussite et qui laisse d’heureuses traces dans un cœur. Nous avons rencontré des personnes très touchantes et inspirantes qui sont heureuses d’avoir fait le choix de vivre en Creuse ou bien d’y rester. La diversité de paysages, de chemins et de technicité nous a procuré de superbes sensations à vélo, c’est un très bel itinéraire pour se couper de son quotidien ou bien préparer un voyage plus long. Une très grande partie du chemin étaient arboré, c’est un superbe itinéraire à faire quand il fait chaud. La trace de la GTC nous propose autant de coins natures que de coins de patrimoine, chacun choisira sa manière de faire. Et puis niveau gastronomie, mon ventre a été satisfait, celui de Jérémy aussi. C’est la mission accomplie.

Pour les petits bémols, à cette période de l’année en juin, nous avons eu beaucoup de tiques et avons dû nous en retirer au moins 5 chacun pendant la semaine. Il y a une saison des tiques à savoir printemps et automne, donc si vous suivez cette trace à ces périodes-là, pensez à partir avec une pince à tique et un désinfectant. Elles sont très petites et pas forcément faciles à voir.

Pour celles et ceux qui voudraient voyager sans faire de bivouac, l’offre est encore assez faible sur la trace, mais un gite comme celui de Guylaine peut faire office de camp de base pour la deuxième partie de la traversée notamment. Après, il faut enquêter et passer des coups de fils aux différents gites référencés pour vérifier s’ils sont ouverts ou non pendant votre traversée. Quoi qu’il en soit, c’est très simple de bivouaquer que ce soit en tente ou en hamac.

Aucun souci au niveau de la gestion de l’eau et de la nourriture, on a trouvé très facilement du ravitaillement en petites supérettes, marchés, boulangerie ou épiceries. Chaque village a au moins un café ouvert dans lequel vous pouvez recharger vos appareils et écouter les cancans du coin. Valeur sûre !

Enfin, nous avons fait de magnifiques observations animales, c’était quotidien et chaque fois des moments de paix formidables. On vous invite à vous dépayser en Creuse, enfourchez vos vélos, avec ou sans suspensions, tant que vous vous faites plaisir, c’est le plus important. Bon voyage à vous. 

Nota bene : merci à l’office de tourisme de la Creuse d’avoir soutenu l’élaboration de cet article ainsi que sa publication sur le site d’Un Monde à vélo !

À propos de l’autrice, Sophie

Sophie Planque est journaliste réalisatrice pour la télévision depuis plus de 10 ans et artisan photographe vidéaste basée en Savoie. À côté de son métier passion, elle aime se dire voyageuse contemplative à pied et à vélo. Alaska-Patagonie est son premier fait d’arme de cycliste après avoir longtemps voyagé à pied en Europe.
Son film documentaire sur cette traversée a remporté 6 prix en festivals. Le vélo est pour elle un moyen de se mouvoir et de s’émouvoir.

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