Nos Rêves de Bohème, une épopée européenne à vélo pour changer de vie

par | Mis à jour le 11/03/2022 | Publié le 11/03/2022 | Les voyageurs | 0 commentaires

Laëtitia et Pascal ont décidé de tout quitter pour mener une nouvelle vie, proche de la nature. Depuis, ils ont parcouru 21 000 km autour de l’Europe avec une traversée vers le nord pour atteindre le cercle polaire et le Cap Nord puis une nouvelle diagonale sur le continent pour atteindre l’Espagne et le Maroc. 

Nous avons interviewé Laëtitia et Pascal à l’occasion de la sortie de leur livre, Cheminer du rêve à la vie à vélo, édité aux éditions Maïa. Un livre à l’écriture simple et humaine dans lequel on se laisse porter auprès de ce magnifique couple pour un voyage haut en couleurs.

Chiffres-clefs de ce voyage

21 000 km

parcourus

16 mois de voyage

12 pays traversés

VSF TX 400

30 kg de bagages sur les vélos

+ 166 812 m 

Nos rêves de Bohème, voyage à vélo

Salut Laetitia et Pascal, pouvez-vous vous présenter ?

Nous sommes Laetitia et Pascal, un couple atypique car nous avons 30 ans d’écart. Dans notre vie d’avant, nous étions agriculteurs. Mais une fois la retraite acquise pour Pascal, nous avons tout vendu pour nous acheter un camping-car et des vélos de voyage. Notre objectif : vivre au jour le jour ensemble sans se poser de questions.

Quel a été votre voyage ?

Nous sommes partis vers le Cap Nord, en passant par Berlin, Copenhague et Stockholm. Nous avons aménagé notre voyage au jour le jour, nous nous sommes laissés libres de notre itinéraire. Une fois arrivés au Cap Nord, notre objectif était de viser l’extrême sud de l’Europe continentale ; soit Tarifa, avec deux impératifs. L’un était de passer à Bruxelles et l’autre à Barcelone où l’on retrouvait les enfants de Pascal. 

Comme il nous restait un peu de temps,  nous avons pris le bateau pour Tanger dans la continuité de ce voyage.Mais, nous avons roulé 250 km de Tanger à Rabat, dans des décharges à ciel ouvert.  Nous étions angoissés car dans les villages, on nous demandait de l’argent. Nous avons même été caillassés. On s’est donc remis en question, on s’est encore forcés, jusqu’à une ville où nous avons fait la rencontre et sympathisé avec des voyageurs allemands qui avaient les mêmes sensations que nous. Peut-être que nous n’étions pas au bon endroit au bon moment…Pour nous le voyage est associé à l’idée de plaisir ce n’était plus le cas, alors nous avons loué une voiture et puis sommes repartis.

Carte voyage de nos rêves de boheme

Comment vous est venue l’idée de ce voyage ?

J’ai commencé à calmer le jeu professionnellement après avoir frôlé la mort lors d’un accident de tracteur. Nous nous sommes alors posé beaucoup de questions sur le sens de notre présence sur cette terre. Avec Laëtitia, nous avions peu de temps pour nous, le moment était venu de prendre un virage dans la vie.

L’hiver qui suivit, nous nous sommes renseignés sur le matériel et avons acheté les vélos, puis nous avons organisé de petits voyages de 5 jours, le temps de nos vacances. 

Mon fils était passionné par le voyage à vélo, il nous envoyait plein d’infos pour que l’on continue à se renseigner. C’est aussi à cette période que nous avons appris son cancer. Il est décédé en fin d’année, ce fut un second choc qui servit de grand déclencheur. 

Ce sont les deux éléments qui nous ont poussés à tout vendre pour partir. La vente de la ferme a cependant été difficile, donc nous sommes partis pour deux autres voyages d’un mois et demi, puis cinq mois. Au retour de ce dernier voyage, nos possessions se réduisent à nos vélos et un camping car, nous ne voulons plus de résidence fixe et désirons expérimenter une vie de bohème.

Les pays scandinaves étaient l’un de nos rêves, le Cap Nord a donc été notre premier objectif pour lequel nous avions prévu entre 3 et 4 mois de vélo. Nous voulions surtout voyager plus d’un an, voir comment nous allions réagir physiquement et psychologiquement, nous tester !

Comment vous êtes-vous retrouvés au Portugal ?

Pendant notre voyage, nous avons été confinés au Portugal pendant deux mois et demi. Ce pays fut un coup de cœur pour nous.

Lors du second confinement, en novembre 2020, nous avons décidé de retourner au Portugal. Passer nos hivers au Portugal nous plaît car nous avons toujours eu très froid sur notre ferme située dans les Vosges.

 Ce climat nous offre l’avantage de pratiquer le vélo et de la randonnée tout le temps. Nous sommes au centre de petites montagnes et cela nous offre un terrain de jeu merveilleux.

Quels ont été vos coups de cœur pendant ce voyage ?

Les deux gros coups de cœur furent :

– pour la Suède, un peuple courtois et attentionné. L’immensité de la nature, les forêts et les lacs, un silence qui nous à guidé vers la plénitude. 

– Le Portugal, où nous avons croisé des gens accueillants et respectueux. Dans le centre du pays, la nature sauvage, les villages authentiques nous ont émerveillés. La douce chaleur en plein mois de février nous à envouté. Seul carton rouge pour ce pays les automobilistes qui ignorent le vélo surtout dans le nord du pays.

– Les rencontres fortuites avec la faune tel cette femelle élan en Norvège, une groupe de cabra Ibérica dans la montagne espagnole ou un caméléon au Portugal.

– Les entrevues les plus improbables tout au long de notre voyage, telle cette famille de Libanais/Suédois avec qui nous ont invité à prendre le café. Ou Thierry à Lyon qui nous ramène sur le bon chemin et avec qui nous avons gardé un lien d’amitie

À un degré moindre :

  • La France : les infrastructures se sont améliorées et rendent le voyage à vélo facile
  • L’Espagne pour la langue
Nos rêves de Bohème, voyage à vélo

Comment était le terrain pendant votre aventure ? 

En Allemagne, il arrive fréquemment que les voies cyclables se transforment en pistes de terre, mais presque toujours praticables. Les surprises c’est au niveau des passages de rivières, les ponts sont rares, pour traverser parfois une barque ou emprunter une nacelle dont c’est nous qui actionnons les manivelles. 

Au-delà du cercle polaire, les routes ne sont plus goudronnées, ce sont de belles pistes caillouteuses. Quant au Portugal, nous nous sommes retrouvés régulièrement face à des côtes de 15 à 20% sur une longueur de 500 mètres environ.

Concrètement, comment ça se passait au quotidien pour vous?

Nous avons pratiqué le bivouac sauvage et l’autonomie au maximum, c’est un rapprochement avec la nature extraordinaire. L’avantage, c’est que tu t’arrêtes où tu veux quand tu veux, c’est la liberté et c’est ce que nous recherchons. 

Nous n’utilisons pas le réseau Warmshowers, car le fait d’avoir un impératif ne nous convient pas du tout. Le soir, après une journée de vélo, nous aimons la tranquillité et la sérénité de la nature. Nous sommes un peu des ours légèrement domestiqués. En règle générale, on évite de rouler quand il pleut, en Norvège nous sommes restés deux jours sous la tente perdu dans une forêt, le bonheur pour nous !. Ou alors lors d’importante dégradation météo, comme pour visiter une ville nous prenons une location, là encore cela nous permet de garder notre totale liberté.

C’est finalement l’avantage d’avoir du temps.

Nos rêves de Bohème, voyage à vélo

Et niveau budget, vous vous en êtes sortis ?

Nous ne nous étions pas vraiment fixé de budget. On se connait et nous savons que nous sommes opposés à toute surconsommation. De plus, en vélo, nos achats sont principalement de la nourriture, du matériel ( une tente à Stockholm, après un orage la nôtre prenait l’eau ), l’entretien des vélos et de temps en temps un camping pour la douche chaude et une location. Ce qui à greffé le plus notre budget ce fut les ferries en Norvège et la location lors du confinement.

Nous avons dépensé 31,50€ par jour et par personne soit 30 900€ en 16 mois.

Des conseils à donner si on veut suivre vos traces ?

Spontanément, j’ai envie de dire : soyez vous-mêmes. Ne copiez pas ce que font les autres.

C’est ce que nous avons fait. Lors de nos débuts en vélo nous avions voulu suivre des conseils et très vite nous avons pris conscience que cela ne nous correspondait pas.

Alors quels conseils donner ? Les seuls qui peuvent-être intéressant c’est au niveau du matériel mais c’est un dossier complet que tu proposes déjà sur ton site.

Le dénivelé, nous en avions peur et aujourd’hui nous aimons cela. Plus les ascensions font souffrir et plus la satisfaction est grande. 

La longueur des étapes, à vous de connaître vos capacités physiques. Pour nous cela pouvait aller de 140 kilomètres à 20 kilomètres ( lors de visites ).

L’état des chaussées : il faut avoir des pneus Schwalbe marathon plus.

Le ravitaillement:  s’adapter à chaque pays. Dans le nord de l’Europe nous avions en moyenne quatre repas d’avance.

Des équipements que vous recommanderiez pour cette aventure ? 

Concernant le matériel, il est impossible de tout énumérer. Nous avons un principe, nous voulons du matériel de qualité pour éviter tous problèmes. Donc ne pas regarder obligatoirement le prix.

Voyager de cette manière c’est accepter de dépasser ses zones de confort. Ne pas se laver pendant plusieurs jours, dormir tout habillé…

  • Pour la tente: l’idéal c’est une auto portante que l’on peut installer quasiment partout. nous avons une tente 3 place MSR, Matelas Thermarest
  • Duvet Millet Zéro degré et sac de soie.
  • Réchaud déporté MSR
  • Sacoches Ortlieb.
  • Veste de pluie Norrona et Berghaus, un investissement sur du long terme.
  • Pantalon de pluie et sur-chaussure Vaude

Concernant le matériel vélo, nous avions du câble et un shifter d’avance, on eu la mésaventure de ne plus pouvoir passer les vitesses au fin fond de la Suède alors on a opté pour la prévention et ça à servi en Norvège. Nous sommes partis avec des vélos déjà bien sollicité.

Nos rêves de Bohème, voyage à vélo

Vous avez quels vélos pour ce voyage ? Satisfaits ?

Très contents de nos TX400 Fahrradmanufaktur qui sont robustes et fiables. Aucun problème si ce n’est l’usure normale et le changement des freins ; nous avons installé des freins shimano à patin simple, réparable soi même et partout.

De ce voyage, Pascal, tu as écrit un livre. Peux-tu nous en parler ?

Livre de Nos rêves de bohème

De nombreux amies et amis me disaient “ écris donc un livre”, mais je ne savais pas comment m’y prendre. Lors du second confinement, je me suis décidé, le moment était venu. Ça a été tout un travail car j’ai quitté l’école à 16 ans. 

J’ai donc débuté l’écriture, sans trop savoir où ça allait me mener. Puis, j’ai souhaité ne plus partir en voyage tant que je n’avais pas fini d’écrire.

Le mot fin étant écrit avec Laetitia, nous avons pris la décision d’éditer le livre. Il a fallu faire un travail important de correction, administratif et d’auto-édition. Cela nous a occupés tout l’été 2021. Les premiers livres auto-édités furent publiés à l’automne, et c’est avec une grande joie, que la maison d’édition Maïa nous informe qu’elle veut éditer mon livre.

Ce qui signifie que ce livre peut se trouver dans toutes les librairies.

Auriez-vous une anecdote à nous partager sur cette aventure ?

Sur un tel voyage les anecdotes comme les photos sont nombreuses il est toujours délicat de faire un choix. Mais nous sommes tous les deux en symbioses sur le choix de celle-ci :

Nous sommes en Espagne dans l’Andalousie à El Torcal. Après une belle matinée passée sur les hauteurs, une descente de plus de 10% sur quelques kilomètres nous attend. Je glisse sur le flanc de la montagne, semblable aux vautours que nous voyons tout au long de nos journées qui se laissent porter par les airs. Avec la vitesse, le vent chante à mes oreilles comme nous l’entendons siffler dans le plumage de ces rapaces lors de leurs passages en vol plané au-dessus de nous. Je suis déjà en bas! C’est grisant de se sentir léger prêt à décoller.

Laetitia, moins à l’aise dans la descente, tarde un peu. Je l’aperçois, un véhicule la double et à ce moment là, une détonation incroyable et puissante retentit. Pour moi, cela provient de la voiture, l’automobiliste fait demi-tour pour voir ce qui s’est passé et si tout va bien pour Laëtitia. C’est le pneu arrière de son vélo qui vient d’exploser, l’utilisation constante du frein pour ne pas se laisser emporter par la vitesse a chauffé la jante et le pneu a rendu l’âme d’une manière tonitruante. Il nous est impossible de réparer, la jante qui a frotté sur le macadam est endommagée.

Une seule solution : Laetitia se transforme en auto stoppeuse, espérant trouver un automobiliste qui daigne l’emmener avec son vélo et tout son barda. Quant à moi, je reste un peu en retrait pour donner plus de réussite à l’arrêt d’un véhicule. Un bruit de moteur, Laetitia lève gracieusement son pouce, un camping-car immatriculé en France s’immobilise. De loin, j’observe la scène, ils discutent, cela semble compliqué. Regard à l’intérieur, re-discussion, ils font de grands gestes et voilà qu’elle décroche les sacoches, les charge, puis les suit et monte dans le fourgon. C’est incroyable! Presque trop facile, elle a trouvé ses sauveurs qui n’hésitent pas à modifier leur itinéraire pour l’amener auprès d’un réparateur.

Je parcours seul les 12 Km me reliant à Antequera, après la réparation, nous passons une belle soirée autour d’un bon repas dans le camping car chaleureux de Romain et Barbara.

Nos rêves de Bohème, voyage à vélo

Des projets Rêves de Bohème à venir ?

Le confinement et la situation sanitaire remettent les projets en question, cela nous apprend à vivre au jour le jour, petits pas après petits pas. Il est certain que les idées pullulent dans nos têtes. Un retour dans les pays Scandinave et surtout une visite de la Finlande avec un tour en Russie. Tout l’est de l’Europe jusqu’en Grèce. Mais aussi retrouver la route des grandes Alpes que nous avons déjà parcouru. S’amuser dans les Alpes suisses et autrichiennes. La Sierra nevada en Espagne nous attend et tout le nord de ce pays.

Si on résout notre dilemme interne avec l’avion pourquoi pas l’Amérique du sud ou une traversée complète des Amériques.

Mais comme nous faisons, un pas après l’autre pour l’instant nous partons randonner ( une autre de nos passions avec aussi de nombreux projets ) sur Via Algaviana. Et puis un voyage différent avec l’écriture d’un deuxième livre dans lequel je veux donner l’envie aux gens d’oser. Ouvrir les portes des zones de confort. Je vais raconter comment je suis arrivé à passer de ma vie d’homme passionné de mon métier de paysan/éleveur à voyageur bohème. Parler des grandes peines et joies, expliquer les premiers voyages à vélos de cinq jours jusqu’à cinq mois et comment je suis arrivé à tout vendre.

 Peut-on suivre les aventures de Rêves de Bohème quelque part ?

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