Non lá project : un voyage de noces à vélo de la France au Vietnam

par | Mis à jour le 07/12/2021 | Publié le 06/12/2021 | Les voyageurs | 1 commentaire

En 2019, j’ai suivi le périple de Thibault et Khanh Nguyen sur Instagram : Non lá Project. Leur aventure de la France au Vietnam ainsi que leurs merveilleux partages m’ont fait rêver. Non lá project est un projet extraordinaire, car il s’agit à la fois d’une aventure humaine, forte et riche en anecdotes. 

J’ai eu la chance d’échanger très récemment avec Thibault et de pouvoir interviewer ce magnifique duo sur cette aventure et sur leurs projets actuels, notamment leur tout nouveau livre qui vient de sortir. Je vous laisse donc en découvrir davantage sur ce voyage d’un an, de la France au Vitenam, de chez lui à chez elle !

L’interview Non lá Project

Nombre de km parcourus : 

16,025 km pédalés auxquels il faut rajouter quelques stops, un bateau pour la Mer Noire et un avion de l’Iran à l’Inde.

Durée du voyage à vélo :

1 an (d’avril 2019 à avril 2020)

Nombre de pays traversés : 

18

Vélos utilisés :

Khanh Nguyen : un cadre acier Giant (de 1997!) sur lequel on a monté que du neuf 

Thibault : un Patria Terra 2014 d’occasion avec quelques ajustements à faire

Kg transportés sur les vélos :

Khanh Nguyen : 20kg sans compter eau et nourriture

Thibault : 26kg sans compter eau et nourriture 

Salut Thibault et Khanh Nguyen, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous ?

Khanh Nguyen : J’ai 28 ans et suis originaire de Ba Ria, Vung Tau près de Saigon au Vietnam. Je suis la petite dernière d’une famille vietnamienne assez “traditionnelle”. J’aime la simplicité et la vie pour ce qu’elle est. Je suis bouddhiste. 

Thibault : J’ai 32 ans, je suis né à Levallois-Perret en France. J’ai vécu la fin de mon adolescence en Vendée. Moi, contrairement à Khanh Nguyen, je suis le premier d’une famille de sept enfants. Tu vas voir que pas mal de choses nous opposaient, en apparence, avant ce long voyage!  

Ma philosophie de vie est influencée par les philosophes : je me situe quelque part entre Nietzsche, Camus, Montaigne et Spinoza. Ils ont été fondamentaux dans la mise en place de ce voyage et pour me donner l’énergie de le faire ! 

Thibault et Khanh Nguyen - Non lá project

© Thibault Clemenceau

En 2019, vous êtes partis pour un périple exceptionnel. Comment vous est venue l’idée de ce voyage ?

T : Les racines qui permettent la genèse de ce genre de voyage viennent plutôt de mon côté. A travers mes ancêtres notamment : mes deux grands-pères étaient deux grands voyageurs mais dans des domaines différents. Pouffy, mon grand-père paternel, était un artiste et un photographe qui a beaucoup voyagé (en particulier en Grèce et en Amérique du Sud). Bon Papa, mon grand-père maternel, était vulcanologue et trimbalait ses appareils de mesure sur tous les volcans du globe. Le petit Thibault a donc laissé infuser en lui toutes leurs histoires et leurs photos. 

Et puis la passion du vélo est venue au fur et à mesure de ces longs étés d’enfance et d’adolescence passés en Creuse. Le vélo est vite devenu synonyme de liberté (d’aller voir ses amis, d’aller à la boulangerie acheter des bonbons, etc.). Les années passant j’ai effectué des voyages toujours plus longs jusqu’à faire en 2013 4,000km de la France à la Slovénie avec l’un de mes frères. Le sentiment de liberté et de connexion avec la nature et les gens fut si fort que je savais que je ferais un jour un “très long” voyage. 

KN: Avant de rencontrer Thibault dans un café à Saigon en 2015, je n’étais ni une sportive, ni une aventurière. Pour ma famille, tout était source de danger en-dehors de la maison. C’est un ami en commun qui nous a présentés (il a eu le nez creux!) tous les deux. Au fil des mois et des années, notre relation a évoluée jusqu’à ce que Thibault me propose ma main en 2018. Pour notre voyage de noces il m’a proposé de faire France-Vietnam à vélo… Je ne sais pas trop ce qui m’est passé par la tête mais j’ai dit “oui” tout de suite. Je n’avais aucune idée de la tâche et de tous les efforts qu’il fallait accomplir…. 

Quels sont les pays que vous avez traversés ?

18 pays au total : la France, la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Serbie, la Bulgarie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, l’Inde, le Népal, le Myanmar, la Thaïlande, le Laos et le Vietnam.

 

itinéraire Non lá project

C’était le premier voyage à vélo pour Khanh Nguyen, comment se sont passés les débuts ?

KN: Nous avons pu véritablement nous entraîner six semaines avant le grand départ. C’était déjà ça de pris mais c’est sûr que cela ne remplace en rien les conditions “réelles” où il faut avancer tous les jours, sur tous les terrains et quelques soient les conditions météos ! Les premiers reliefs européens (le Massif Central, le Jura, et les Alpes notamment) ont été une vraie épreuve physique pour moi, notamment sous la neige en Suisse. C’était la première fois de ma vie que je voyais de la neige d’ailleurs! J’ai été aussi très impressionnée par l’hospitalité des gens. Au Vietnam, on n’ouvre pas sa porte à des inconnus si facilement ! 

T: Elle a fait preuve dès le début d’une grande résistance physique et vraie force mentale! J’essayais de la couver comme un petit poussin lors des premières semaines pour m’assurer qu’elle  était dans les meilleures conditions pour commencer notre long voyage et de ne pas la “dégouter” ou l’écoeurer d’entrée de jeu pour la suite de l’aventure. 

Khanh Nguyen - voyageuse à vélo
Khanh Nguyen - Non lá project

Au Vietnam, le voyage à vélo n’est pas ancré dans la culture. Tu me disais, Thibault, qu’elles n’étaient que 3 femmes vietnamiennes à être parties ?

T: Oui, le vélo au Vietnam est principalement un moyen de déplacement pour le quotidien mais pas pour les longs voyages. Avant notre voyage, à notre connaissance, seules 3 femmes avaient fait ce trajet Europe – Asie avec leur conjoint européen… Aucun Vietnamien ne s’est encore lancé ! 

KN : Et ce qui est drôle, c’est que très vite avant ce voyage, nous sommes rentrés en contact via les réseaux sociaux avec ces trois femmes. Dès que nous avons annoncé faire ce voyage, le bouche à oreille a très vite fonctionné et on nous a mis en contact. Nous avons même rencontré l’une d’entre elles (Linh) sur notre parcours en Hongrie ! Nous sommes donc un tout petit cercle fermé de cyclistes au long cours ! Mais je pense que la nouvelle génération vietnamienne va apporter beaucoup de nouveaux membres ! 

 En tant qu’européens, on ne se rend pas toujours compte de la chance que l’on a de pouvoir voyager presque partout facilement. Est-ce-que le passeport vietnamien de Léa a eu des impacts sur votre itinéraire ?

KN: Oui mon passeport vietnamien me donnait accès à beaucoup moins de pays…Vous avez de la chance les Français!  Nous avons dû définir notre parcours selon les visas que je pouvais avoir puis en fonction des saisons. Par exemple, nous avons dû faire une croix sur la belle Turquie : avec son passeport français Thibault pouvait avoir 90 jours… mais pour moi je ne pouvais avoir que maximum 30 jours et je devais arriver en avion à l’aéroport d’Istanbul. Nous avons donc pris l’option de traverser la Mer Noire en bateau de la Bulgarie à la Géorgie ! 

T: Et finalement le seul visa que nous avons dû faire en ambassade pour Khanh Nguyen et moi fut le visa iranien. Nous l’avons fait à l’ambassade d’Iran à Sofia. Pour les autres, tout pouvait se faire en ligne ! 

Non lá project - de la France au Vietnam à vélo

Deux nationalités, deux cultures différentes : votre bi-nationalité a-t-elle été un plus dans ce voyage ? A-t-elle apporté un regard et une ouverture différente sur votre quotidien de voyageurs à vélo ?

T: Oui je pense que ça a été une grande force tant dans notre dynamique de “couple” sur la route et avec les gens que nous rencontrions. Je me rappelle que beaucoup de personnes que nous croisions étaient assez effarées par notre duo franco-vietnamien. Beaucoup nous demandaient comment nous nous étions rencontrés. Nous nous sommes rendus compte que la majorité des gens que nous croisions étaient sédentaires, et que nous étions finalement de grands nomades. 

KN : Et aussi je pense que nous avions trouvé un certain équilibre en termes de prise de risque/sécurité. Thibault est un peu un “chien fou” (ce n’est forcément pas péjoratif haha!) qui parfois n’a pas conscience du danger. Moi, je suis plutôt “trop” prudente notamment par mon éducation familiale. Cela nous a permis de définir un plan de route et aussi de savoir si nous devions faire confiance ou non à des gens sur la route. Par exemple, en Bulgarie, deux types vraiment louches nous avaient accueillis chez eux. Thibault a dit oui tout de suite et j’ai tout fait pour lui faire comprendre que nous ne devrions pas passer la nuit chez eux. Il a finalement compris et nous avons continué notre route.

Duo franco-vietnamien - Thibault et Khanh Nguyen

Pour ce projet, vous avez également soutenu l’association Poussières de vie ! Peux-tu nous en dire davantage ?

T: Oui, j’ai rencontré cette association quand je suis arrivé à Saigon en 2015. Ils scolarisent et offrent un avenir professionnel aux enfants des rues de Saigon qui “survivent” généralement grâce à la vente de tickets. Dès que nous avons commencé à préparer le voyage nous avons tout de suite pensé à eux. Le but était de lever 1$ par kilomètre parcouru via une cagnotte en ligne directement sur le site de l’association : soit 16 000$ (USD).

KN: Nous avons reçu des dons du monde entier (France, USA, Vietnam, Australie, Iran, etc.) et les dons étaient très souvent accompagnés de messages de soutien. Certains nous disaient qu’ils nous admiraient ou que même leurs enfants suivaient au jour le jour notre avancée. Nous nous sentions donc investis d’une sorte de mission. Dans les moments difficiles nous pensions à eux et nous nous disions que nous ne pouvions pas abandonner. 

T: Et finalement nous avons pu lever plus de 17 500$ donc objectif rempli ! Notre énergie et notre projet ont vraiment créé un cercle positif qui a agrégé des centaines de personnes prêtes à nous aider autour de nous. C’est une grande leçon pour la suite de notre vie.

Association Poussières de vie

Quels ont été vos coups de coeur pendant ce voyage ?

KN : Deux pays en particulier : la Géorgie et l’Iran. La Géorgie pour la diversité et la beauté de ses paysages, le sentiment très fort de totale liberté sur les routes et ses habitants. L’Iran, pour sa grandeur culturelle et la grande générosité de ses habitants – parfois, c’était même trop ! L’Iran ça a été l’aventure avec un grand A tant en termes de dangers, de souffrances que de moments magnifiques et d’amitiés très fortes. 

T: Je suis 100% d’accord ! Et je rajouterais peut-être le Nord-Est de l’Inde (les “Seven Sisters States”). Une vraie surprise en termes de paysages, diversité ethnique, etc.

Iran - paysage
Géorgie - paysage
Iran - rencontres - Non la project

Thibault, tu as écrit un livre, suite à ce voyage, où tu relates, avec ta belle plume, cette épopée d’un an. Il est sorti tout récemment en français et est auto-édité. Une nouvelle aventure après l’aventure ?

T:  Oui, je pense que c’était un prolongement naturel de l’aventure. J’aime beaucoup écrire et dès la fin du voyage je me suis très vite lancé dans ce projet. S’auto-éditer (surtout pour la première fois) demande beaucoup de travail : édition, mise en page, photos, imprimerie, etc. mais le fait d’avoir tout fait par moi-même fait que le livre est à mon image ! 

Le livre est sorti début octobre 2021 et relate sur plus de 400 pages et beaucoup de photos notre aventure. J’ai essayé de trouver le bon équilibre entre récit, voyage, rencontres, culture et digressions philosophiques ! 

Les premiers retours sont très positifs et il a notamment été sélectionné dans la catégorie “meilleur livre d’aventure” pour le beau salon du livre de Cosne-sur-Loire. 

Il est disponible sur Amazon, dans certaines librairies mais aussi en vente directe pour ceux qui le souhaitent !

Un Duo vers l'Inconnu - Non la project
Livre Un Duo vers l'Inconnu - Thibault Clemenceau
Un Duo vers l_Inconnu - Couverture

Pour terminer, auriez-vous une anecdote à nous partager sur ce voyage ?

KN : Nous pouvons te raconter l’anecdote de l’âne Bourriquet en Iran ! Au beau milieu des montagnes dans la province de Fars (au Centre de l’Iran) il y avait un âne – Bourriquet ! – en totale liberté sur lequel on est tombé. J’ai fait l’erreur de lui donner un biscuit et je crois qu’il est tout de suite tombé amoureux de moi… 

T: Il a commencé à nous suivre sur de longs kilomètres… Impossible de le distancer ! Après quelques heures, nous allions arriver à un village et ça la faisait mal d’arriver accompagnés d’un âne ! J’ai donc tout fait pour lui bloquer la route le temps que Khanh Nguyen puisse s’échapper. Mais à chaque fois, il arrivait à me contourner et à la rejoindre ! Nous sommes finalement arrivés vers une sorte de goulot d’étranglement formé par la roche et j’ai pu le bloquer. J’ai pu sprinter comme un fou et finalement le distancer ! 

KN : Et ce qui est drôle c’est que le lendemain nous avons pris le chemin dans le sens inverse. Nous avons retrouvé Bourriquet bien attaché le long d’une corde ! Son maître n’a pas dû apprécier son escapade de la veille !

Âne bourriquet - Non la project

Où retrouver Thibault et Khanh Nguyen ?

Vous pouvez les retrouver sur :

Facebook 

Instagram

Leur Livre : https://www.amazon.fr/gp/product/2957725533 

Ou par mail

Note : toutes les photos de cet article sont la propriété de Thibault et Khanh Nguyen. 

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1 Commentaire

  1. Thibault

    Merci Mila et « Un Monde à vélo » pour la super interview ! Nous espérons inspirer d’autres couples à partir sur les routes du monde !

    Réponse

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