Nora, la première femme africaine voyageuse à vélo en solo

par | Mis à jour le 14/01/2022 | Publié le 14/01/2022 | Les voyageurs | 0 commentaires

En janvier 2020, Nora est partie à vélo en solo en Egypte. Un premier voyage à vélo d’une longue série. Elle voulait traverser le continent africain afin de mieux le connaître et de pouvoir en parler à l’avenir. Un voyage haut en couleur pendant lequel elle a fait face aux fermetures de frontières. 

J’ai eu la chance d’échanger avec elle par téléphone à son retour récent de Turquie et de l’interviewer. Un profil inspirant et sincèrement impressionnant !

Salut Nora, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Nora, je suis marocaine et j’ai fêté mon 32ème anniversaire dans le vol qui m’amenait en Egypte pour ce premier voyage à vélo. Dans la vie, je suis assistante de direction. Mais, pour effectuer ce voyage, j’ai pris un congé de 2 ans. Je reprends d’ailleurs mon poste d’ici peu !

C’était ton premier voyage à vélo ?

Oui ! J’ai acheté mon vélo d’occasion quatre mois avant mon départ. Je me suis d’abord entraînée avec des sorties solo, mais sans sacoche. Ça a été très différent avec les bagages, j’étais très lente au départ. Puis le corps s’adapte facilement, il suffit tout simplement d’être patiente !

Comment t’es venue l’idée de ce voyage ? Et qu’est-ce-qui t’a fait choisir le vélo ?

Je voulais d’abord voyager dans mon pays, puis sur mon continent, puis partout dans le monde. L’Afrique est un continent très varié et c’est surtout autre chose que ce que l’on voit à la télé. Je souhaitais être en mesure de pouvoir parler de mon expérience du continent afin de pouvoir répondre si on me posait des questions. 

Lorsque j’ai commencé à faire des recherches pour mon voyage, j’ai commencé à suivre des voyageurs d’un peu partout. C’est là que j’ai découvert le compte de deux voyageurs à vélo marocains qui traversaient l’Afrique eux-aussi. J’ai toujours été une “slow-traveler” et je me suis dit que le vélo était la vitesse idéale pour voyager. Aussi, ayant un caractère très timide, ce mode de transport me permettait de pousser la rencontre. À vélo, ce sont les gens qui viennent vers toi !

Comment s’est passée la préparation de ton périple ?

Ma famille n’était pas ravie que je parte en solo. Ce n’est pas dans notre culture ! Mais au final, cela a permis d’inspirer 2 autres femmes marocaines à se lancer à vélo au Maroc. Concernant l’équipement, j’ai acheté un trek d’occasion et j’ai beaucoup économisé pour m’acheter le matériel. Partir plusieurs années en voyage avec un salaire de fonctionnaire n’est pas une tâche aisée. J’ai bien tenté de trouver des sponsors, mais sans succès pour cette fois. Je suis donc partie avec un budget très restreint.

Tu as donc commencé par voyager en Egypte ! Ce n’est pas la partie la plus simple, je me trompe ?

En effet, l’Egypte, c’était un peu compliqué, même si j’y ai fait de super rencontres. En route, il y avait toujours une voiture de police qui me suivait car des touristes ont été kidnappés auparavant (d’après ce qu’on m’avait dit). Ils me demandaient souvent s’ils pouvaient me déposer quelque part car j’étais très lente. 

Si je dormais à l’hôtel, ils étaient postés à l’entrée. Si je dormais chez quelqu’un, ils restaient devant la porte. 

Un soir, avec une famille qui m’hébergeait, nous avons ouvert la Mosquée du village pour laisser “mon” policier attitré dormir. J’ai constaté le lendemain qu’il n’avait même rien eu à manger, ce qui n’a pas manqué de me mettre en colère.


Heureusement, après la ville de Qena, juste avant la ville de Louxor, il n’y a plus d’escorte !

Quelle a été la suite de ton parcours ?

J’ai ensuite traversé le Soudan puis l’Ethiopie. Malheureusement, nous étions en mars 2020 et je me suis retrouvée bloquée pendant 6 mois dans le pays. Le Maroc avait fermé ses frontières ainsi que l’Ethiopie et le Kenya (que je comptais rejoindre dans un premier temps). 

Au bout de 6 mois, j’ai enfin pu rentrer chez moi. Mais lors de mon vol pour la Turquie, mes bagages ont été perdus. J’ai encore attendu 3 semaines, le temps qu’il les retrouve, pour pouvoir repartir au Maroc. C’est là que j’ai pu découvrir un petit morceau de Turquie. Cela m’a plu donc dès que j’ai pu, je suis revenue visiter le pays à vélo !

Après avoir été bloquée si longtemps, tu es donc repartie à vélo en Turquie ?

Oui, un voyage de 3 mois avant mon retour au travail. J’ai regardé les pays ouverts et comme j’avais déjà beaucoup apprécié mes trois semaines en Turquie, je me suis dit que ce serait chouette de découvrir davantage ce pays. 
Je suis partie d’Istanbul pour rejoindre la mer noire puis redescendre vers l’Anatolie, la Cappadoce et le sud pour profiter du soleil de la Méditerranée. J’ai aussi laissé mon vélo quelques jours pour faire le Trek sur le chemin des lyciennes (Lykian way).

Quels ont été tes coups de cœur durant ces voyages ?

L’objectif numéro un de cette aventure, que ça soit dans les pays Africains que j’ai traversé ou pour la Turquie, c’était d’aller à la rencontre des gens et de découvrir les pays à travers leurs yeux et leurs histoires de vies. Les rencontres que j’ai faites sont inoubliables et je garde le contact avec presque toutes ces personnes.

Que voudrais-tu dire aux femmes qui voudraient partir en solo à leur tour ? 

On m’avait souvent dit que je ne pourrai pas le faire, que je ne me suis pas bien entraînée et que mon corps n’était pas prêt pour un tel défi sportif. On m’avait dit beaucoup de choses négatives, peu de personnes ont soutenu mon idée. les gens aiment juger et refuser toute idée que leurs têtes refusent et rejettent ce qu’ils ne comprennent pas.

Vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Que ce soit un voyage à vélo ou à pied, vous en êtes capable. Prenez vos précautions et foncez!

As-tu une anecdote à nous raconter sur ce voyage ?

J’ai beaucoup d’anecdotes à raconter il me fera toute une page pour les partager!

  • En Egypte :

Les voitures de police qui m’escortaient sur la route et qui étaient là pour me protéger (peut être contre les chiens parce que c’était le seul danger sur la route). Ils étaient aussi mes guides touristiques, il y avait même un policier qui s’arrêtait à chaque fois pour me montrer quelque chose.

  • Au Soudan : 

J’ai traversé le pays en 25 jours avec l’équivalent de 60 euros. À mon arrivée aux frontières, on me dit que je ne peux pas utiliser les distributeurs de billets car il faut être résident. Les cartes internationales n’étaient pas acceptées ! Heureusement qu’il me restait de la monnaie égyptienne que j’ai pu changer. J’avais l’équivalent de 60 euros, mais ça a été suffisant grâce à la générosité du peuple soudanais. J’étais invitée presque chaque jour chez les gens, je m’y suis sentie en sécurité.

  • En Ethiopie : 

C’était une mésaventure avec les enfants qui jetaient des pierres aux cyclistes. Ils avaient blessé un couple que j’avais rencontré sur la route. En Ethiopie j’ai aussi chopé le Corona et ai perdu l’odorat jusqu’à aujourd’hui (cela fait un an et demi).

  • En Turquie : 

C’étaient les rencontres avec des personnes qui sont devenues des amis chers en peu de temps. Aussi la peur des gros chiens anatoliens appelés Kangal !

  • Au maroc :

La gentillesse et la générosité des gens du Sud. Un officier, rencontré sur la route en plein désert, me disait qu’il me suivait sur Instagram. À mon arrivée à la ville suite, la gendarmerie est venue me chercher pour m’emmener à un hôtel où l’officier m’avait réservé une chambre de luxe !

Tu repartiras à vélo ?

OH YES!

Je souhaite encore terminer le rêve Africain qui s’est arrêté à cause du Corona.

Est-ce-que l’on peut te retrouver quelque part ?

Oui ! Sur Instagram, le compte the.outdoorsy et bientôt sur Youtube !

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